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Pierre Millet, un chef d’entreprise isérois, n’a pas froid aux yeux. Il s’est engagé dans un projet fou : reconvertir d’ici 2015 le site de Fagor-Brandt à Lyon-Gerland qui fabriquait et fabrique encore des machines à laver, en site de production dédié aux produits verts : actuellement des filtres pour les stations d’épuration, des camions électriques et hybrides et bientôt des vélos et scooters électriques. Le plus étonnant est que pour l’heure, ça marche…

Jean-François Carenco, le Préfet de région, Gérard Collomb, le président du Grand Lyon, ceux de la CCI et de la CRCI, des élus en grand nombre : tous étaient présents à Lyon-Gerland, mercredi 5 septembre. Pour inaugrer la nouvelle unité d’un grand groupe ? Un nouveau service de l’Etat ? Non, vous n’y êtes pas. Pour assister au lancement d’une simple ligne de production d’une usine lyonnaise.

 Mais pas n’importe laquelle car à l’heure où l’on parle de réindustrialisation, celle-ci a une sacrée portée symbolique. Ils étaient présents pour l’inauguration la plus étonnante de ces dernières années, celle de la reconversion d’une usine située au cœur du quartier high tech de Gerland qui produisait et produit encore machines à laver de la marque Fagor Brandt et vise désormais à basculer la production vers des produits verts. Il s’agit en l’occurrence d’une ligne de production de camions électriques sous la marque Brandt Motor.

 En 2010, en difficulté, la marque Fagor qui fabrique à Gerland des machines à laver à chargement vertical annonce son intention de fermer ce site où travaillent 440 salariés. Une fermeture progressive paraissait inéluctable avec son cortège de difficultés sociales.

 C’est alors qu’un industriel isérois, Pierre Millet, ingénieur de formation et ancien collaborateur de Thomson CSF propose un pari fou : obtenir de Fagor, un arrêt progressif de ses lignes de fabrication de machines à laver pour transformer peu à peu le site industriel en pôle « cleantech » centré d’abord sur la fabrication de systèmes de filtration pour le traitement des eaux usées, puis en pôle de « transports propres », en commençant par des poids-lourds électriques.

 Son parcours plaide pour lui. Il réussit à convaincre du sérieux de la démarche et reçoit l’appui des collectivités, de la CCI, de l’Etat et réussit à lever les 24 millions d’euros nécessaires.

 Il crée ainsi une société, SITL (Société d’Innovation et de Technologie de Lyon), dans laquelle Fagor prend 10 % du capital et lui, le reliquat.

 Tout n’est pas facile, mais grosso modo, le plan de marche est pour l’heure respecté. Certes, Fagor, à la trésorerie serrée, est en retard de paiement d’un million d’euros, tandis que Pierre Millet attend toujours les 4 à 5 millions promis verbalement par l’Etat. Mais rien qui ne l’inquiéte outre mesure.

 Il devrait réaliser cette année, toutes productions confondues (machines à laver, plus cleantechs) un chiffre d’affaires de l’ordre de 53 à 54 millions d’euros

 La reconversion s’opère. La première fabrication verte a été celle de filtres haute performance pour le traitement des eaux. La fabrication a débuté en mars 2012. Pierre Millet vise d’abord le marché français, composé de 700 entreprises. Trente-deux filtres ont été livrés. Le Pdg prévoit de vendre près de 180 filtres d’ici juin 2013, puis une extension à l’international : des produits sont actuellement testés à Dubaï et Abu-Dhabi. Vingt personnes ont été reconverties et sont pour l’heure affectées à la fabrication de ces filtres.

 Dans le même temps, une quarantaine de salariés s’active sur la chaîne de montage des poids lourds qui est d’ores et déjà capable de produire de vingt-cinq à trente camions par mois, avec un objectif de vente de deux mille véhicules d’ici fin 2015.

 Le tout premier camion a été livré à une entreprise de transport le jour même de l’inauguration, dix-sept sont en commande. Pierre Millet compte sur le Mondial de l’automobile à Paris pour décoller. Il table également sur une présence sur d’autres salons : Pollutec, Hanovre, etc.

 Le patron de la nouvelle société a bien conscience que le plus dur reste à faire : que ses produits se révélent suffisamment attractifs pour que les différentes lignes de production tournent bien et permettent aux ex-Fagor-Brandt de se reconvertir progressivement dans les cleantechs. La médiatisation de cette reconversion devrait l’y aider.

 Pierre Millet a beau être ingénieur, il apparaît avoir la fibre commerciale, indispensable dans cette aventure. Ses poids-lourds électriques qui seront bientôt dotés d’une gamme hybride pour proposer une gamme complète ont été élaborés à la suite d’une enquête approfondie sur les besoins du marché : ils sont positionnés plutôt haut de gamme.

 D’ici peu, une ligne de production de vélos électriques est aussi prévue. Elle sera suivie plus tard d’une autre de scooters, puis d’une citadine électrique.

Il faudra que d’ici fin 2015, à la fin de la fabrication des machines à laver, l’usine « cleantechs » de Gerland produise suffisamment pour faire travailler 440 salariés et surtout soit rentable. Un vrai pari sur l’avenir. S’il réussit, cette reconversion/réindustrialisation pourrait devenir emblématique. Pierre Millet et les salariés qui l’accompagnent veulent y croire.

 Photo (DL)Les camions électriques Brandt Motor, sur leur ligne de fabrication, Pierre Millet, Pdg de SITL en médaillon

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