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Les « nanosatellites » pèsent cent fois moins qu’un satellite normal et coûtent cent fois moins cher. Ils sont à la portée d’une start-up comme NovaNano basée dans le Rhône qui, après avoir lancé l’année dernière son premier engin dans l’espace pour une société coréenne, voit désormais beaucoup plus grand. D’autant que le marché s’avère très vaste…

 Passionnés par le spatial, Stanislaw Ostoja, 29 ans et Spas Balinov, 30 ans, deux ingénieurs issus de l’Insa de Lyon ont réalisé leur rêve l’année dernière en envoyant, en avril 2013, leur premier « nano satellite » dans l’espace pour un client coréen. C’est une fusée Soyouz qui l’a largué en compagnie d’autres satellites beaucoup plus grands.

 Suite à cette première réussite, les deux co-créateurs de NovaNano prévoient de rentrer dans le dur de leur activité, en lançant cette fois en 2016, pas moins six « nano satellites ».

 Mais auparavant, pour mettre au point la technologie, deux satellites test feront à leur tour une incursion dans l’espace dès l’année prochaine.

 Des satellites de dix kilos seulement

 Mais d’abord qu’est-ce qu’un « nano satellite » ? « Pour lancer un satellite normal de télécommunication par exemple, il faut mettre sur la table 100 millions d’euros pour placer sur orbite un engin spatial d’un tonne. Nous, ce que nous envoyons dans l’espace est 100 fois moins cher : nos satellites coûtent un million d’euros et pèsent dix kilos seulement », explique Stanislaw Ostoja, l’un des deux co-créateurs de cette société basée à Saint-Didier-au-Mont-d’Or dans le Rhône.

 Ils en ont fait la preuve : les deux jeunes ingénieurs de l’Insa qui ont créé leur société en septembre 2009, une start-up de cinq salariés seulement, savent concevoir de tels satellites. Ils en sont les ensembliers et conçoivent le système de télécommunication, protégé par un brevet.

 Ce qu’ils veulent désormais c’est « exploiter des constellations de nanosatellites au service de nos clients ».

 S’il y a beaucoup de monde sur ce marché des (gros) satellites, estimé à 190 milliards d’euros, en hausse annuelle de 7 %, il y en a moins sur celui des nanosatellites qui doit créer son propre marché.

 Les deux dirigeants de NovaNano visent « un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros en 2020 « pour la fourniture de données bas débits à un coût 50 à 100 fois moins élevés que nos concurrents. »

 Une vision qu’ils ne sont pas les seuls à partager puisque le gouvernement français a inscrit les nanosatellites comme filière d’avenir avec la création d’un centre spatial universitaire qui leur sera dédié.

 2,5 millions d’euros d’ici le mois de juin

Mieux : les deux co-créateurs de cette Nano-Nasa à la française s’apprêtent à lever 2,5 millions d’euros pour parvenir à leurs fins auprès d’investisseurs français et internationaux. La levée de fonds devrait être bouclée en juin.

 Tout cela est très excitant, mais de tels nano-satellites, en réalité pour quoi faire ?

 « Avec nos nanosatellites, nous pouvons envoyer à la terre cent fois plus de données avec la même énergie qu’avec les gros satellites : ce que nous proposons, ce sont des solutions alternatives aux réseaux terrestres de communication à bas débit : l’utilisation de nos technologies permet d’accéder à des lieux isolés à des prix défiants toute concurrence », décrit Stanislaw Otoja.

 Or, s’ils sont peu nombreux en Europe, de tels sites non couverts par un réseau sont légions dans les pays émergents. Rien d’étonnant donc si une première lettre d’intention a été signée avec le patron d’une compagnie de transports du Nigéria qui souhaite un suivi de ses poids-lourds.

 Les co-dirigeants de NovaNano escomptent avoir comme clients les grandes sociétés gazières et pétrolières pour lequelles ils pourraient surveiller des pipelines, voire les grandes compagnies d’électricité, cette fois pour les lignes haute-tension.

 Deuxième créneau sur lequel les créateurs de NovaNano entendent se développer : la logistique. Ainsi, la constellation de nano satellites va, par exemple, pouvoir suivre le trajet d’un container grâce à un boîtier installé en son sein, voire même assurer le suivi d’un cargo.

 Enfin, le troisième secteur où NovaNano veut être opérationnel est la surveillance de l’environnement : des migrations animalières, à la pollution, en passant par la météo pour les récoltes….

 Labellisé Novacité et en passe d’intégrer le réseau Entreprendre

 Incubée par Crealys, cette start-up fait partie du cercle fermé des entreprises labellisées Novacité à Lyon. Elle est aussi en passe d’intégrer le programme Innotech du réseau Entreprendre.

 La grande fierté de Stanislaw Ostoja et de Spas Balinov : avoir été lauréats du prix MIT Technology Review Innovateurs des moins de 35 ans France. Pour Olivier Leclerc, membre du jury, « le concept de constellations de satellites n’est pas nouveau, mais la technologie développée est radicalement novatrice et 50 fois plus efficace, en termes de transmission de données, que tous les systèmes existants ». Alors…

 PhotosLe satellite de lancement, un Soyouz, un nano-satellite et les deux créateurs de NovaNano, Stanislaw Otoja et Spas Balinov.