Une étude lyonnaise montre que les émotions influencent autant les décisions que l’expertise
Et si l’expérience ne suffisait pas à prendre les bonnes décisions ? C’est l’un des principaux enseignements d’une étude publiée dans la revue scientifique Psychology of Sport and Exercise par Guillaume Pellet-Bourgeois, spécialiste de la prise de décision sous risque. Ses travaux montrent que l’intelligence émotionnelle et la régulation physiologique jouent un rôle déterminant dans les choix effectués sous pression, avec des implications qui dépassent largement le cadre sportif.
Menée auprès de pratiquants de la montagne confrontés à des situations de danger, cette recherche apporte également des enseignements applicables au management, au leadership et à la gestion de crise en entreprise. Dans des environnements marqués par l’incertitude, elle invite à repenser la manière dont sont préparés les décideurs.
Quand l’expertise peut devenir un facteur de risque
L’étude s’intéresse à une question centrale : pourquoi des personnes très expérimentées prennent-elles parfois des décisions inadaptées dans des situations à risque ? Les résultats montrent que les choix réalisés sous pression ne reposent pas uniquement sur les connaissances ou l’expérience accumulée.
La capacité à gérer ses émotions et l’état physiologique du système nerveux jouent également un rôle majeur. Les chercheurs ont notamment observé que l’interaction entre intelligence émotionnelle et régulation du rythme cardiaque influence directement la qualité des décisions prises dans des contextes complexes.
Plus surprenant, l’étude révèle que l’expertise seule peut parfois favoriser une prise de risque excessive. Les succès accumulés au fil des années peuvent conduire certains experts à sous-estimer un danger ou à surestimer leur capacité à le maîtriser. Selon les travaux de Guillaume Pellet-Bourgeois, la combinaison entre expérience, intelligence émotionnelle et régulation physiologique permet de mieux anticiper les comportements face au risque que les seuls critères d’âge ou d’expertise.
Des enseignements pour les dirigeants et les managers
Si les observations ont été réalisées dans l’univers de la montagne, leurs implications dépassent largement ce cadre. Les situations de forte pression existent également dans les entreprises : arbitrages stratégiques, gestion de crise, négociations complexes ou pilotage de projets sensibles.
Cette recherche met en lumière l’importance des compétences émotionnelles dans la prise de décision. Elle rejoint une tendance de fond observée dans les organisations, où les qualités comportementales et la gestion du stress prennent une place croissante dans l’évaluation et le développement des managers.
Dans un environnement économique marqué par l’incertitude, la capacité à maintenir une lecture lucide des situations apparaît comme un facteur de performance aussi important que l’expertise technique.
Une recherche née d’un questionnement personnel
À l’origine de ces travaux se trouve un événement marquant. En 2010, Guillaume Pellet-Bourgeois perd son mentor, guide de haute montagne expérimenté, victime d’une avalanche. Ce drame l’amène à s’interroger sur les mécanismes qui conduisent même les experts à commettre des erreurs dans des situations critiques.
Cette réflexion le conduit vers les neurosciences et la neuropsychologie, puis vers des recherches consacrées au rôle des émotions dans la prise de décision. Aujourd’hui, il accompagne des dirigeants, des organisations et des sportifs de haut niveau confrontés à des environnements exigeants où la qualité des décisions peut avoir des conséquences majeures.
Pour les entreprises, cette étude rappelle que les décisions les plus importantes ne dépendent pas uniquement des compétences techniques ou de l’expérience. Elles reposent aussi sur la capacité à gérer ses émotions et à conserver une vision claire lorsque la pression s’intensifie.
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