Guide Michelin 2026 : Lyon face aux étoiles perdues
Une semaine avant la grande cérémonie de Monaco, le Guide Michelin a publié mardi ses rétrogradations pour 2026. Dans le Rhône, un seul restaurant est officiellement concerné : Les Terrasses de Lyon, table gastronomique de la Villa Florentine. Deux autres adresses lyonnaises disparaissent également du guide, non pas sanctionnées, mais fermées. Derrière les macarons perdus, trois histoires bien différentes.
Les Terrasses de Lyon : une étoile mise entre parenthèses
Sur la colline de Fourvière, la Villa Florentine est en chantier. Depuis début janvier, l’hôtel cinq étoiles et son restaurant gastronomique ont fermé leurs portes pour une rénovation en profondeur. Conséquence directe : Les Terrasses de Lyon perdent leur étoile dans l’édition 2026 du guide rouge. Une règle mécanique du Michelin veut qu’un établissement fermé, même temporairement, ne puisse être évalué et perde donc ses distinctions.
Le contexte de cette fermeture est celui d’un changement de main. L’hôtel, longtemps détenu par le groupe Arteloge, a été racheté par Beauvallon, opérateur bourguignon spécialisé dans l’hôtellerie de caractère. Le nouveau propriétaire a engagé des travaux importants, avec un projet qui va au-delà du simple ravalement : ouverture d’un bar, d’un salon de thé et d’un bistrot, en complément du restaurant gastronomique existant. Une montée en gamme de l’offre globale, pensée pour diversifier les revenus de l’établissement au-delà des seuls dîners étoilés.
La réouverture est annoncée pour fin avril 2026. Un nouveau chef sera aux commandes, le précédent titulaire ayant quitté la maison en début d’année pour monter son propre projet. La direction affiche une ambition claire de retrouver le macaron perdu, tout en se gardant d’en faire une obsession. Le calendrier du Michelin étant ce qu’il est, un retour dans le palmarès ne pourrait pas intervenir avant l’édition 2027, le temps pour les inspecteurs d’évaluer la nouvelle proposition sur au moins une saison complète.
Le Gourmet de Sèze et La Sommelière : deux fermetures, deux logiques
Les deux autres tables lyonnaises qui disparaissent du guide en 2026 n’ont pas été rétrogradées à proprement parler. Elles ont fermé, et le Michelin en prend acte.
Dans le 6e arrondissement, le Gourmet de Sèze a baissé le rideau à l’été 2025 après plus de deux décennies d’étoile. Son chef, Bernard Mariller, a choisi de partir à la retraite après une carrière construite entièrement dans cet établissement. Ce type de fermeture volontaire, planifiée, est rare dans un secteur où les transmissions de fonds de commerce sont souvent contraintes par des difficultés financières. Le local a depuis été repris et transformé en brasserie de quartier, signe que l’emplacement garde sa valeur commerciale même sans le macaron.
Dans le Vieux-Lyon, La Sommelière a suivi une trajectoire différente. Le restaurant avait obtenu son étoile en 2019 et l’a conservée jusqu’à ce que ses fondateurs, un chef et une sommelière d’origine japonaise, décident de faire évoluer leur concept vers un format bar à vins. Un choix assumé, motivé par l’envie de tester un modèle d’exploitation moins lourd avant une éventuelle ouverture au Japon. L’établissement a fermé définitivement fin 2025. Ici, la perte de l’étoile n’est pas une sanction mais la conséquence directe d’un pivot stratégique.
Ce que ces trois cas disent de la gastronomie lyonnaise
Pris ensemble, ces trois départs du palmarès dessinent un tableau nuancé de l’état de la restauration gastronomique à Lyon. Aucun des trois ne résulte d’une baisse de qualité en cuisine, ni d’une défaillance économique au sens strict. Travaux et changement de propriétaire, départ à la retraite, reconversion choisie : ce sont des transitions, pas des effondrements.
Cela dit, ces transitions révèlent aussi des fragilités structurelles du secteur. La gastronomie étoilée repose très souvent sur un chef-fondateur dont le départ, quelle qu’en soit la raison, fragilise l’ensemble de l’édifice. La transmission et le renouvellement des équipes restent des défis majeurs pour les maisons qui visent la durée. À Lyon comme ailleurs, les établissements qui parviennent à dépasser leur figure fondatrice restent l’exception.
Sur le plan économique régional, chaque étoile perdue représente aussi un impact sur l’écosystème local : fournisseurs, producteurs agricoles, vignerons, personnel de salle et de cuisine. Une table gastronomique en activité mobilise des filières entières. Sa fermeture ou sa transformation en format moins exigeant allège mécaniquement la commande locale en produits haut de gamme.
La cérémonie du 16 mars à Monaco dira si Lyon compense ces pertes par de nouvelles distinctions. Plusieurs tables de la métropole sont observées de près par les inspecteurs du guide. La capitale des Gaules a les ressources pour rebondir. Elle l’a toujours fait.
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