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Conservatrice, l’Université Catholique de Lyon, riche de 6 500 étudiants ? Ses responsables viennent de présenter son projet d’installation dans les anciennes prisons St-Joseph St Paul. Il est tout, sauf classique. Ce projet est sans aucun doute, sur le papier du moins, novateur. Il allie à la fois la conservation d’une bonne partie des deux prisons, dont une est l’œuvre de Baltard, avec un choix écologique, économique et une volonté d’innovation sociale : un institut de l’entrepreneuriat de l’économie sociale et solidaire sera créé et on y verra éclore des logements d’insertion, le tout pour 150 millions d’euros.

Plus qu’une nouvelle Université catholique new look, c’est en fait un projet beaucoup plus vaste que proposent les responsables de l’Université catholique de Lyon qui ont jeté leur dévolu sur les anciennes prisons de Lyon pour déménager leurs locaux de la place Bellecour, où étudiants et enseignants étaient trop à l’étroit.

On sait en effet (lire ci-dessous) que c’est le projet de l’Université catholique qui l’a emporté, face à quinze autres propositions, suite à l’appel à idées lancé par la préfecture du Rhône pour élaborer une alternative à la démolition des deux anciennes prisons de la Confluence. Un projet d’ampleur : 50 000 m2 !

Ce qui a emporté la décision du jury ? La philosophie générale du projet qui dépasse et complète la pure démarche de construction d’une nouvelle université : la volonté de transformer ce lieu de souffrance et d’enfermement qu’étaient les anciennes prisons en « un nouveau cœur de ville où se réinvente le vivre ensemble ». Baptisé « La vie grande ouverte », le projet de la Catho est ainsi désigné comme lauréat en novembre 2010.

Il n’a pu être élaboré que par la rencontre de nombreux acteurs. Cet investissement de 150 millions d’euros avait d’abord besoin de solides assises financières. Elles ont été apportées par Dentressangle Initiative, la holding financière de la famille éponyme (transports et logistique) et deux de ses filiales immobilières, Ogic et Sofade.

Les impératifs de conservation du patrimoine existant, incluses dans le cahier des charges étaient importants. Il faut savoir que la prison Saint-Joseph (1827) était l’œuvre de Louis-Pierre Baltard et Saint-Paul (1857), celle d’un autre important architecte, Antoine Louvier.

Il fallait que le projet intègre l’esprit qui a présidé à leur construction tout en réhabilitant quelques-uns de leurs trésors cachés et évidemment méconnus : deux chapelles qui étaient situées au centre de chacun des deux ex-établissements pénitentiaires et un souterrain les reliant orné par un peintre qui y a effectué un séjour en prison.

La Catho s’est appuyée pour ce faire sur le studio d’architecture Ory, de l’architecte urbaniste Thierry Roche et de l’architecte en chef des Monuments historiques, Frédéric Didier. Tous de solides pointures. S’ajoute à cet attelage l’OPAC du Rhône et une filiale du groupe Pitance, « Pôles Développement »

Enfin, la Catho est accompagnée dans son projet par le prêtes-architecte Bernard Devers, président de la célèbre association caritative Habitat & Humanisme, afin de conforter le projet social.

Au sein de l’ex-prison Saint-Joseph, Habitat & Humanisme participera à la construction de logements favorisant la mixité sociale dont une bonne partie (131 sur 236) est destinée à des populations fragiles et isolées. On y trouvera aussi 66 logements sociaux locatifs.

L’équilibre financier du projet se fera par la commercialisation de quatre à huit commerces de proximité sur un millier de mètres carrés, de 10 000 m2 de bureaux en plateaux de 1 000 à 1 300 m2 et de restaurants.

Autre originalité de l’opération : elle accueillera également un laboratoire et un Institut de l’entrepreneuriat de l’économie sociale et solidaire qui sera placé dans l’ancienne chapelle de la prison Saint-Joseph. Habitat & Humanisme installera par ailleurs ses bureaux sur ce même site.

L’aspect environnemental n’a pas été non plus négligé : les bâtiments seront de conception bioclimatique avec une « thermofrigopompe » raccordée à la nappe phréatique, ils accueilleront des jardins, des toitures terrasses végétalisées et une chaufferie bois.

Si tous ces bâtiments portant sur 20 000 m2 au sein de l’ancienne prison Saint-Joseph donnent à ce projet sa coloration socialement innovante, il ne faut pas oublier qu’il s’agit à l’origine de créer de nouveaux locaux pour la Catho.

Ces derniers prendront place, sur 30 000 m2 au sein de l’ancienne prison Saint-Paul. Des bâtiments organisés sur un plan panoptique (en forme d’étoile) avec la chapelle installée dans la rotonde centrale qui constituera le cœur du bâtiment et le point de passage obligé. Une immense verrière d’où émergeront les toits des bâtiments de l’ex-prison qui seront conservés, couvrira une bonne partie du futur complexe universitaire

Les travaux devraient démarrer au 3ème trimestre 2012 (le permis de construire est actuellement à l’instruction) pour une livraison des nouveaux locaux fin 2014. La Catho devrait ainsi pouvoir effectuer sa rentrée 2015 dans ses nouveaux locaux.

Ces projets illustrent bien les deux ingrédients caractéristiques d’un catholicisme social lyonnais à la longue longue histoire : le mariage de l’efficacité économique et de la créativité sociale.

Illustration : La future physionomie des ex-prisons Saint-Joseph/Saint-Paul une fois les travaux terminés, en 2015.