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Ville de Lyon : prévue en hausse de… 63 %, la dette sera sérieusement lestée à la fin du mandat

“Après avoir créé 117 postes à la Métropole, la nouvelle majorité en crée aujourd’hui 100 à la Ville de Lyon : quand on aime, on ne compte pas. Telle est la nouvelle devise à Lyon ! Mais pour cela, la dette de la ville va doubler. Au final, ce sont les Lyonnais qui paieront.”

Ce tweet ravageur est signé Gérard Collomb, l’ancien maire de Lyon, envoyé à l’issue du dernier conseil municipal où, comme la semaine précédente à la Métropole, les élus avaient à effectuer un premier tour de chauffe sur le PPI, en l’occurrence le Plan Pluri-annuel d’Investissements qui flèche les investissements d’ici la fin du mandat à Lyon, ainsi que la manière dont ils vont être financés

Le document qui a été présenté aux conseillers municipaux par la la majorité dirigée par Grégory Doucet laisse entrevoir une hausse de la dette assumée à la fin du mandat de… 63 %.

Pourquoi une telle hausse ?

L’exécutif Verts et Gauche avait d’abord à cœur à tenir ses promesses de campagne. Cela aurait été plus facile si le Covid-19 n’était pas passé par là, mais l’accompagnement économique, sanitaire et social a, depuis mars 2020, date du premier confinement, coûté fort cher aux finances de la Ville, tout bien évidemment en diminuant les recettes ; on s’en doute, vu l’impact économique sur les commerces et notamment les bars et les restaurants.

D’où la volonté de l’exécutif, de présenter un plan d’investissement ambitieux (1,25 milliard d’euros) qui n’est en l’état actuel des choses finançable que par l’emprunt et donc de la dette.

“On hérite d’une faible dette financière, c’est vrai…”

Par chance, les comptes de la Ville ont été bien tenus lors des derniers mandats, reconnaît Audrey Hénocque, adjointe aux Finances de Grégory Doucet, reconnaissant : qu’“on hérite d’une faible dette financière, c’est vrai” ; il y avait donc un espace pour ce faire. De plus, selon la même Audrey Hénocque, “c’est le moment de s’endetter, sachant que les taux sont bas actuellement…”

L’élue a reconnu que le plafond de désendettement se retrouvera à la fin du mandat à 11 ans (*), contre 3,5 actuellement. D’après les spécialistes des finances publiques, on se retrouverait alors encore “dans une zone correcte, mais à surveiller.” La “zone de danger” ne serait cependant pas très loin : de 13 à 15 ans de désendettement. Il ne faudrait pas qu’après cette projection il y ait un dérapage…

La 1ère adjointe Audrey Hénocque entend rester dans “la zone correcte“ expliquant que “ses services tenteront par tous les moyens de faire baisser ce chiffre d’ici la fin du mandat, en s’aidant des fonds européens, du mécénat, du financement participatif. ” Vœux pieux ?

Pour l’adjointe aux Finances, il y a un risque plus certain que celui du plafond de la dette, “c’est celui du dérèglement climatique…”

Grégory Doucet en a rajouté une couche à l’adresse notamment de Gérard Collomb : “Oui, nous avons besoin d’investir dans la rénovation thermique de nos bâtiments. Vous avez ignoré la réalité ! Oui, il nous faut des crèches des écoles, investir dans l’hébergement d’urgence…”

C’est en tout cas des décennies, maire après maire, de gestion à la lyonnaise qui est donc balayée de la sorte avec la présentation de cette PPI.

Ce qui a amené Gérard Collomb, président du groupe “Pour Lyon” à lancer : “Imaginez si nous avions eu des finances dégradées, ce que cela aurait pu donner ? On se dit qu’on est jamais à l’abri d’un coup dur, la preuve ! Il faut être extrêmement prudent.”

Pour l’ancien maire, la politique prônée par le nouvel exécutif “sort du raisonnable : on se dirige vers le surendettement et je crains que vous ne soyez contraints de faire appel aux contribuables.”

7,4 milliards d’euros d’investissements cumulés

La PPI sera in fine votée en mars prochain.

D’ici là les arguments vont encore sans doute s’étoffer. Reste qu’effectivement si la trajectoire n’est pas respectée ou adoucie, l’équilibre financier ne pourra se faire que par un accroissement des impôts locaux ; d’autant que ce sont l’ensemble des leviers à la disposition de la nouvelle majorité qui vont faire plus appel à la dette. Et ce, pour répondre aux 7,4 milliards d’euros d’investissements cumulés avec le Sytral, la Métropole et la Ville de Lyon…

On peut compter sur l’opposition ou sur la fort active association des contribuables Canol pour surveiller le niveau de la dette lyonnaise comme le lait sur le feu, d’autant que l’incertitude régne sur la situation économique à venir…

(*) A l’issue du mandat de l’exécutif, le dette de la Ville de Lyon s’établirait à 640 millions d’euros d’ici 2026 (11 années, donc pour rembourser), contre 389 millions d’euros en 2019 (3,5 années à rembourser).

Photo (France 3)-Audrey Hénocque, adjointe aux Finances

 

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