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Face à l’économie qui repart fort, une reprise pavée de risques

A l’heure où vous lisez cet édito, en ce mardi 8 juin se profile la troisième étape du déconfinement demain mercredi 9 juin, fort attendue avec encore un nouvel épisode nous rapprochant de la vie d’avant.

Le couvre-feu, en vigueur depuis presque six mois, recule demain à 23 heures. Il redeviendra possible d’aller au restaurant, même à l’intérieur, de revenir au bureau, de se retrouver au concert, au théâtre, au cinéma, de retourner dans sa salle de sport. De fréquenter les festivals, de faire la fête à un mariage, etc.

Comment tout cela se traduit-il sur le plan économique ? Engagée dès le début du déconfinement, la reprise, avec en arrière plan une situation pandémique qui ne cesse de s’améliorer, devrait encore s’accélérer.

Car jusqu’à présent après quinze mois de déprime, l’heure est à nouveau à l’espoir et à l’optimisme.

Le moral des chefs d’entreprises est au zénith. Tous les chiffres ou du moins la plupart sont pour l’heure à la hausse.

L’économie française ­repart fort. De multiples indicateurs le montrent.

Il suffit de lire les titres de cette newsletter : l’immobilier d’entreprises repart, les nouveaux restaurants se multiplient au centre commercial de la Part-Dieu, les salles de loisirs indoor rouvrent en nombre, les investisseurs réinvestissent.

Cette reprise s’effectue sur fond de redémarrage de la consommation : les cartes bleues chauffent à nouveau, le dépenses effectuées depuis les réouvertures du 19 mai dépassent de 20 % celle de la même période en 2019, avant la pandémie.

La saison touristique s’annonce exceptionnelle, avec une accélération des réservations dans les hôtels, au bord des lacs, en montagne, dans les espaces ruraux d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Dans l’habillement, les achats bondissent de 70 %, toujours en comparaison avec mai 2019.

Bref, plus de doute, au fur et à mesure que les vaccinations augmentent et que la pandémie recule, la reprise s’affiche chaque jour un peu plus forte.

Quels risques ?

Mais il ne faut pas se leurrer, nous ne sommes pas passés brutalement d’un claquement de doigt de l’enfer pandémique au jour béni d’après ; un certain nombre de risques sont aussi susceptibles de la faire dérailler, cette reprise.

D’abord, beaucoup ont frémi lorsque Emmanuel Macron a évoqué la relance de la réforme des retraites, qui souvenez-vous a ébranlé la France. Est-ce bien là le moment, alors que l’on sent à nouveau le social bouillonner sous le déconfinement, de remettre de l’huile sur le feu.

On l’aura compris, le président de la République veut arriver à la présidentielle en exhibant le beau trophée d’une réforme des retraites, le talon d’Achille de la France. D’accord, mais au risque d’une nouvelle crise sociale ?

L’autre risque est financier. Ne parlons pas pour l’heure des dettes accumulées par le “quoiqu’il en coûte”, mais de la Bourse.

Nous vivons un boom boursier sans précédent depuis plusieurs mois et un CAC 40 à son plus haut niveau depuis vingt ans, puisqu’il a désormais dépassé les 6 500 points. Souvenez vous de la bulle Internet , alors que la Bourse avait quasiment atteint alors les 7 000 points dont on se rapproche.

Pendant combien de temps encore la Bourse va-t-elle flamber (+ 26 % en un an), alors que des craintes se font jour sur un net regain de l’inflation dû à la hausse des matières premières, des salaires, notamment aux USA.

Le dernier danger de la reprise serait d’assister à un tsunami de dépôts de bilan. La baisse de 40 % des faillites, en 2020, avec des entreprises dopée au PGE (Prêts Garantis par l’Etat) n’est pas normale.

Ces PGE étaient indispensables, puisque contrairement à ce qui se passe pendant une guerre ou une crise financière, le capital des entreprises n’a pas été détruit.

Chiffre surprenant, même, émanant des experts comptables, les PME ont vu leurs bénéfices en moyenne croître l’année dernière de 2 %.

“Nous avons évité une vague de faillite !” Mais jusqu’à quand ?

Bruno Le Maire l’a assuré dimanche dernier dans le JDD : 50 000 emplois ont été créés au premier trimestre ». « Nous avons protégé l’économie française » , « Nous avons évité la vague de faillites tant redouté au pire de la crise », s’est même enorgueilli le ministre.

Reste que beaucoup d’économistes s’attendent à un retour du bâton.

Progressivement les aides diminuent et vont peu à peu disparaître. Même avec un taux de croissance très élevé-près de 6 % attendus cette année selon la Banque de France- va-t-il y avoir un rattrapage des faillites avec un risque général de baisse du moral de la Nation en général et des entrepreneurs en particulier, face à une éventuelle avalanche de dépôts de bilan ?

On le sait, comme dit l’adage, le pire n’est jamais sûr. Plus la croissance sera élevée, plus les entreprises passeront entre les mailles du filet des dépôts de bilan.

Un joker de taille

Car l’économie bénéficie en cette période de reprise d’un joker de taille : les 142 milliards, selon la Banque de France, économisés par les Français et qui dormant sur les comptes courants, les livrets A, ne demandent qu’à être réinjectés dans l’économie.

Bref, la vague de la reprise est en train de s’enfler et c’est tant mieux ; mais le risque n’est pas mince qu’elle rencontre sur son passage quelques écueils qu’il vaudrait mieux éviter (ou minorer) si l’on veut vite retrouver le niveau de PIB d’avant la pandémie et rentrer vraiment de plain-pied dans le monde d’après…

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