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« Grosse épidémie de flemme en France » : quand la valeur travail  s’effiloche et que l’économie en pâtit…

« Le travail doit payer » est une des phrases fétiches de Bruno Le Maire, ministre de l’économie. Sauf que cette valeur travail est en train de se dissoudre peu à peu, ce qui doit interpeller pour l’avenir de notre économie si l’on veut qu’elle s’affiche performante. En témoigne l’enquête approfondie menée par la Fondation Jean Jaurès que Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l’Ifop a résumé avec cette phrase : « Epidémie de flemme : quand une partie des Français a mis les pouces. » Dur !

Et si derrière tous les métiers en tension que l’on recense actuellement, les 400 000 emplois non pourvus qui entravent l’économie française, il n’y avait pas que la non-adéquation des formations aux besoins réels de l’économie ; mais autre chose.

Jérôme Fourquet, directeur adjoint de l’Ifop qui a l’art de sonder l’âme des Français à travers ses nombreux ouvrages a mis le doigt sur une des raisons qu’il a intitulée « Grosse fatigue et épidémie de flemme : quand une partie des Français a mis les pouces. »

Pour procéder à une telle affirmation, il s’est appuyé sur une étude de l’Ifop commandée par la Fondation Jean Jaurès et analysée à la fois par Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier.

Covid-19 et 35 heures

Constatation : la valeur travail sur laquelle se sont appuyées toutes les générations passées a pris un sacré coup dans l’aile. C’était visible avant même la pandémie de Covid-19.

il semble bien que celle-ci a accéléré le processus. Un processus qui, selon le sociologue a démarré en fait avec le passage aux trente-cinq heures qui « a constitué un tournant important et a modifié en profondeur les référentiels : c’est à partir de ce moment que les salariés ont appris à « poser » ou « à prendre » leurs RTT… »

Ainsi, lorsqu’on interrogeait en 1990 les Français sur ce qui comptait le plus dans leur vie, 60 % répondaient illico : le travail.

Trente-deux ans plus tard, ils ne sont plus que…24 % à afficher la même réponse !

Les loisirs recueillent désormais 41 % des suffrages, soit près de deux fois plus que le travail.

Les Français ne sont donc plus du tout, mais plus du tout, disposés à rogner sur leurs loisirs pour améliorer leur ordinaire.

« Ramollissement »

Ce qui amène Jérôme Fourquet à évoquer « une apathie dans laquelle se lovait la société française depuis la crise sanitaire : une apathie qui prend parfois la forme d’un ramollissement généralisé chez les individus qui touche à la fois la sphère privée et la sphère collective et démocratique. »

Une situation qui est aussi générationnelle et n’est pas prête de s’améliorer. Si la « valeur travail » reste encore bien ancrée chez les plus âgés, elle se réduit à la portion congrue au sein des nouvelles générations.

Les auteurs de l’étude commandée par la Fondation Jean Jaurés voient aussi des causes plus profondes à cet effondrement de la valeur travail : « La sacralisation du travail et de l’effort s’est effacée avec la dislocation terminale de la matrice catholique et la disparition des mondes ouvriers et paysans. »

Rien d’étonnant donc, par exemple, si au sein de la Nupes, seul Fabien Roussel, le leader du Parti Communiste se réclame encore de la « valeur travail » sous les quolibets de ses petits camarades…

L’analyse de l’enquête par Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier : https://www.jean-jaures.org/publication/grosse-fatigue-et-epidemie-de-flemme-quand-une-partie-des-francais-a-mis-les-pouces/
L’étude en pdf( cliquez) : RapportIfop(1)