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Ça ne date pas des gilets jaunes. De nombreux signaux sont allumés depuis longtemps mettant en évidence que les gains de pouvoirs d’achat des salariés des pays occidentaux appartiennent dans beaucoup de secteurs, désormais au passé.

La mondialisation et un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux dividendes qu’aux salaires, explique le phénomène qui pour une bonne part a fait le lit du populisme et donné naissance au phénomène des gilets jaunes et d’autres , ailleurs.

 La partie la plus éclairée du patronat a bien conscience que si l’on n’y remédie pas, l’économie de marché et le capitalisme vont dans le mur.

 En a aussi témoigné à Lyon, la longue standing ovation faite à Alain Mérieux lorsqu’à la tribune de la Halle Tony Garnier, il a, devant trois mille petits patrons, lors de la Fête de l’Entreprise de la CPME, présenté son plan, visant à faire appel aux entreprises et à leurs salariés, avec l’objectif de faire sortir de la rue les sans-abris de la Métropole lyonnaise.

 La prise de conscience tend apparemment à s’élargir. Un autre signal vient d’être lancé à propos de la prime dite « Macron », lancée par le président pour répondre à la fronde des gilets jaunes.

 Souvenez-vous : il a proposé que les entreprises versent un prime exceptionnelle défiscalisée pouvant aller jusqu’à 1 000 euros à leurs salariés.

On pouvait être sceptique quant aux réponses desdites entreprises. Eh bien, on avait tort, comme le prouve le sondage que vient de présenter notre confrère Les Echos.

L’association des directeurs des ressources humaines a ainsi interrogé par sondage 400 entreprises de toutes tailles pour savoir si elles avaient versé ou non la « prime Macron ».

Les trois quarts des entreprises l’ont versée

 Il en ressort que 74 % d’entre elles ont décidé de verser une prime à leur personnel, la moyenne générale se situant à 532 euros.

 Il est d’ailleurs intéressant de constater que le montant moyen est plus élevé dans les entreprises de moins de 50 salariés (687 euros) que dans les plus grandes (467 euros pour les entreprises entre 300 et 999 salariés). Une différence qui s’explique sans doute par le fait que les entreprises de plus de 50 salariés ont aussi des dispositifs de participation (obligatoire) ou d’intéressement (facultatifs).

Enfin les secteurs qui ont le mieux répondu à cet appel macronien : le transport et la santé, suivis des secteurs financiers et de l’assurance, des secteurs où la fidélisation des salariés est souvent cruciale.

 Il reste que cette prime, si elle constitue un signal intéressant, ne résoudra pas le fonds du problème qui est celui de la naissance d’un nouveau Fordisme pour notre époque.

Une politique de salaires élevés

Rappelons que ce modèle d’organisation industrielle que l’on doit à Henry Ford, visait à accroître la productivité par la standardisation des produits et par une nouvelle organisation du travail ; bref, une méthode de production qui fait majeur, à l’époque, associait une production de masse à une politique de salaires élevés.

Henry Ford avait bien conscience qu’il fallait bien payer ses salariés pour qu’ils achètent ses voitures.

Nous sommes arrivés à peu près au même point avec l’arrivée de la transformation numérique qui touche toutes les entreprises, amenant d’importants gains de productivité, comme l’illustrent nombre d’exemples d’usines 4.0, ce qui va permettre pour partie de rapatrier en Europe des usines auparavant délocalisées. Comme à l’époque d’Henry Ford, nous somme en train de vivre un nouveau mode d’organisation industrielle.

L’Espagne a augmenté son Smic de 22 %, les négociations par branche en Allemagne ont permis chez les salariés germaniques des hausses sensibles.

Reste à ce que le phénomène se diffuse. Et vu l’état des rapports de forces entre le salariat et la patronat, cela ne se fera qu’en pariant sur le volontariat des chefs d’entreprise. Dans leur intérêt bien compris…