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Les raisons du durcissement de la Zone à Faibles Emissions (ZFE) engagé dans la Métropole lyonnaise…

Les sondages sont clairs : la pollution de l’air constitue l’un des soucis n°1 mis en avant par les habitants de la Métropole lyonnaise lorsqu’ils sont interrogés.

Qui saura résoudre le problème bénéficiera des retombées politiques et électorales de l’exercice consistant à annihiler (ou plutôt amoindrir) cette pollution qui connaît de nombreux épisodes chaque année.

D’où la volonté des Verts, à la tête de la mairie de Lyon et de la Métropole de mettre le paquet sur ce problème que personne n’a résolu jusqu’à présent et pour lequel ils sont particulièrement attendus. Et ce, quitte à bousculer et à accélérer les choses. Ce qu’ils font…

Ainsi, lundi 15 mars, lors de sa dernière réunion en date, le conseil de Métropole de Lyon a renforcé nettement les dispositifs mis en place pour la ZFE (Zone à Faibles Emissions) par 77 votes pour, 53 contre, 20 abstentions.

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, une ZFE est une aire géographique où des restrictions s’appliquent au trafic routier pour lutter contre la pollution atmosphérique. Ce qui passe d’abord par l’interdiction pérenne de certains véhicules les plus polluants sur cette zone, très importante, comme on peut le constater sur le plan ci-dessous.

Au départ, la ZFE était destinée à être mise en place en 2026.

Pour l’heure, une seule mesure a été effectivement appliquée sur cette ZFE. Elle a fait hurler les professionnels : les seuls véhicules interdits dans le centre de la métropole quotidiennement sont les véhicules professionnels Crit’Air 3-4-5.

Or, le plan pour renforcer la ZFE présenté par Bruno Bernard et voté lundi 15 mars en conseil de Métropole vise déjà à interdire les véhicules personnels vignette Crit’Air 5 (vieux diesel et essence*) ; et ce, à partir du… 1er janvier 2022.

Il vise ensuite à élargir le périmètre de cette ZFE. L’exécutif écologiste envisage dans un premier temps d’inclure dans la ZFE les communes de Pierre-Bénite et d’Écully, ainsi que les M6/M7, les ex-A6 et A7 dans leur traversée de Lyon, ce qui paraît complexe à mettre en œuvre car utilisées comme voies de traversée de Lyon. Ce qui obligerait les véhicules de transit à utiliser obligatoirement le contournement est de Lyon.

La mesure la plus emblématique : exit le diesel en 2026

Troisième et dernier volet : la mesure la plus forte, la plus emblématique et la plus spectaculaire passera par l’interdiction des véhicules diesel quels qu’ils soient en 2026 et « l’interdiction progressive des véhicules classés Crit’Air 4,3 et 2 pour les particuliers ».

Tout cela ne va pas cependant être mis en place de manière unilatérale. Il va y avoir une concertation. La Métropole de Lyon a d’ailleurs pour ce faire, sollicité la Commission Nationale du Débat Public pour « garantir la rigueur de cette concertation. »

Des mesures d’accompagnement sont d’ores et déjà en réflexion, ainsi que des régimes dérogatoires.

Pour Jean-Charles Kohlhaas, le vice-président en charge des déplacements, « On se donne l’année pour réfléchir à tout ça, nous avons lancé de nombreuses études dont nous présenterons les résultats durant la concertation. »

Des mesures d’accompagnement seront également mises en place, à l’instar des aides forfaitaires au rachat de véhicules dits « propres » pour les professionnels qui existent déjà.

Une « Zone à forte exclusion » ?

L’objectif des Verts est d’emblée d’envoyer un message fort : “Il y a 6 % de renouvellement du parc automobile chaque année. Plus tôt on envoie un message fort, plus les personnes y penseront au moment de changer leur voiture. Entre 2019 et 2020 on est passés de 46 000 véhicules diesel à 28 000 dans la métropole”, se félicite Jean-Charles Kohlhaas.

Ce n’est pas surprenant, l’opposition n’a pas accueilli cette ZFE avec des roses. Pour le groupe Progressistes et Républicains, présidé par David Kimelfeld, l’ancien président de la Métropole qui a commencé à instaurer cette ZFE, « il faut éviter de faire de la ZFE une Zone de Forte Exclusion ».

Du côté de LREM, on craint aussi que ces mesures se fasse au détriment des plus démunis :

« Ce sont des milliers de foyers, souvent parmi les plus modestes au vu des véhicules concernés, qui ne pourront plus entrer dans le périmètre de la ZFE d’ici début 2022 », dénonce-t-on.

Et ce, même si des aides, parfois sensibles, accompagneront la transition.

Autre remarque que l’on peut rajouter : comme le détaille chaque année Atmo, l’Observatoire de la pollution de l’air, les moteurs thermiques des véhicules légers et des poids-lourds ne sont pas les seuls facteurs de la pollution de l’air. Parmi les particules, on y trouve aussi les conséquences des freinages. Le chauffage au bois et la pollution issue des campagnes participent aussi à la pollution générale, un phénomène particulièrement complexe. C’est aussi cette complexité qui rend difficile son éradication.

S’attaquer aux seules voitures thermiques risque d’être insuffisant. Et vécu une nouvelle fois comme une forme d’écologie punitive.

Pour l’instant, la Métropole met en avant la concertation, la discussion « pour définir les contours de la nouvelle ZFE tant en termes de périmètre que de dispositif d’accompagnement ».

Assurément, cette concertation sera dense et sans doute aussi chaude qu’un moteur thermique, mais derrière cet affichage, il est fort probable qu’au terme du processus, ce sera la ZFE « dure » qui devrait l’emporter…

(*) Les véhicules Crit’Air 5 sont des diesels immatriculés avant le 31 décembre 2000, ainsi que les véhicules essence immatriculés avant le 1er janvier 1997.

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