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La chercheuse lyonnaise de l’ENS, Stella Bitchebe, lauréate du prix Jeune Talent 2021 pour les femmes et la science

Trois chercheuses lyonnaises (*) figurent parmi les 35 lauréates du prix Jeune Talent France 2021 pour les femmes et la science, remis conjointement par l’Unesco et la Fondation L’Oréal. Parmi celles-ci on constate la présence de Stella Bitchebe, une ingénieure informatique issue de l’Ecole Normale Supérieure à Lyon (ENS).

Cette doctorante en troisième année va recevoir une aide financière de 15 000 euros.

Stella Bitchebe a grandi et fait ses études au Cameroun. Elle a obtenu son diplôme d’ingénieure informatique à l’école polytechnique de Yaoundé, avant de se lancer dans une thèse de doctorat.

Elle travaille sur le thème de : “ réduction de l’empreinte carbone des data centers tout en améliorant leur sécurité.”

Concrètement, son travail devrait permettre de réduire la consommation électrique des serveurs dans les clouds de plus en plus nombreux dans le monde et particulièrement énergivores, minimisant ainsi leur empreinte carbone. A l’heure du tout-numérique et des multiplications d’attaques informatiques, son projet vise également à améliorer les performances et renforcer la sécurité des serveurs de données.

Avec son directeur de thèse, Stella Bitchebe a obtenu en 2021 le premier prix du Concours Inria d’Idées Innovantes grâce à leur projet KIWI, une application qui lui tient très à cœur car elle permettrait aux personnes malvoyantes d’accéder à toutes les informations dans les transports en commun par un système d’annonce vocale. « Améliorer et faciliter toujours plus les conditions de vie des gens » est pour elle un objectif de vie et la raison d’être de la science.

Interrogée sur les ondes d’Impact FM, à Lyon, la lauréate a répondu à la question de savoir pourquoi avoir choisi les sciences, et l’informatique ?

“Il y a d’abord le contexte familial”, a expliqué la chercheuse. “Je suis l’aînée de cinq filles, ce qui, culturellement, est parfois considéré comme un problème en Afrique. Très jeune, j’ai vu ma mère recevoir des critiques, y compris dans la famille, sur le fait de ne pas avoir de garçon car cela voulait dire : la lignée va s’arrêter, puisque l’on perd notre nom quand on se marie. C’est là que je me suis dit : je vais faire perdurer le nom de mon père autrement. On est en 2021, le fait de ne pas avoir de fils n’est pas une fatalité !”

Tout au long de son parcours scolaire et universitaire, elle s’aperçoit vite que les femmes se font rare. “On a toujours été quelques filles seulement dans les classes de 20 à 35 élèves”, poursuit Stella. “Je me suis demandé, pourquoi il y a aussi peu de filles ? Trop souvent, on leur dit qu’à un moment donné il faut arrêter les études pour se marier, fonder une famille. Mais on oublie de leur dire que les deux ne sont pas incompatibles”, a-t-elle poursuivi sur Impact FM.

Quel message souhaite-t-elle porter aujourd’hui avec ce prix qui récompense la qualité de son travail ?

“C’est avant tout une tribune pour s’adresser aux jeunes filles et leur dire qu’elle peuvent le faire. C’est vrai qu’on a encore des modèles de femmes scientifiques éparses, assez lointains… Mais il n’y a pas que Marie Curie ! Il y a tant de jeunes femmes qui font des recherches extrêmement importantes, qui améliorent nos conditions de vie… J’espère que ce prix pourra les inspirer”, a-t-elle conclu sur la radio lyonnaise.

Les femmes représentent aujourd’hui 28 % des chercheurs en France. Moins de 4 % des prix Nobel de science ont été décernés à des femmes…

Photo: Stella Bitchebe, ingénieure en informatique effectue ses recherches à l’ENS Lyon. – © Jean-Charles Caslot – Fondation L’Oréal

(*) Les trois chercheuses primées :

  • Stella Bitchebe habite Villeurbane. Elle est doctorante au au Laboratoire de l’Informatique du Parallélisme (LIP), ENS Lyon et Laboratoire d’Informatique, Signaux et Systèmes de Sophia-Antipolis (I3S) Université Côte d’Azur (UCA) . Elle cherche à réduire l’empreinte carbone des data centers tout en améliorant leur sécurité
  • Jessica Consuegra habite Villeurbane. Post-doctorante à l’ Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon, École normale supérieure de Lyon, Centre National de la Recherche Scientifique, Université Claude Bernard Lyon 1 UMR5242. Elle cherche à cerner les effets positifs de bactéries du microbiote intestinal sur leur hôte.
  • Anais Abramian, originaire de LYON est post-doctorante à l’Institut Jean le Rond d’Alembert, Sorbonne Université, CNRS.  Elle cherche à modéliser des écoulements naturels pour prévenir leurs comportements