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Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez va devoir bientôt chercher un nouveau co-président.

 On l’a quelque peu oublié, mais en septembre 2017, Jean-Dominique Senard, le président de la plus importante entreprise industrielle de la Région, en l’occurrence Michelin à Clermont-Ferrand, avait été choisi, au côté de Laurent Wauquiez, pour assurer la co-présidence de la nouvelle Agence de développement économique Auvergne-Rhône-Alpes

 Une agence fruit de regroupement de toutes les structures déjà existantes en la matière, symbolisant une collaboration public-privé souhaité par les deux hommes, et prenant la forme d’un guichet unique pour les entreprises.

 Depuis, cette Agence a suivi son petit bonhomme de chemin avec son gros budget de 110 millions d’euros. Jean-Dominique Senard aussi.

 D’abord pressenti pour présider le Medef dont il n’aurait eu aucun mal à prendre la présidence, il a dû décliner l’invitation pour une question d’âge. Jean-Dominique Senard a soixante-cinq ans, âge limite selon les statuts du Medef.

 Il était donc retourné à la tête de Michelin, jusqu’au jour où une nouvelle mission attendait cet homme finalement très recherché et sollicité.

 Il a donc fallu que Carlos Ghosn croupisse depuis deux mois dans un prison japonaise pour que l’Etat français qui détient 15 % de Renault fasse appel à lui pour prendre le volant du constructeur, comme président du conseil d’administration, en tandem avec Thierry Bolloré, comme directeur général.

 Le conseil d’administration de Michelin et à vrai dire surtout l’Etat français a porté son choix sur Jean-Dominique Senard qui après six années de président du pneumaticien clermontois va donc s’installer au volant de Renault. 

Un atout très macronien

 Son atout, très macronien : il est à la fois patron très social, à l’écoute de ses salariés ; tout en ayant la réputation d’être un excellent stratège et gestionnaire ; montrant même dans les moments difficiles sa capacité à prendre des décisions fortes.

 En pleine crise des Gilets Jaunes, il représentait le candidat idéal : apte à réconcilier la société et l’entreprise : tel était d’ailleurs l’ambition du rapport qu’il avait présenté en début d’année dernière au gouvernement, un rapport rédigé en partenariat avec Nicole Notat, l’ancienne secrétaire générale de la CFDT.

 Un duo un peu surprenant qui montre bien que l’homme fort de Bibendum est un capitaine d’industrie atypique. Social et en même temps reconnu et adoubé par les siens, grands patrons.

 Social, donc, critique de la financiarisation de l’économie et donc chantre d’un capitalisme raisonnable, mais aussi un vrai patron qui en impose à ses équipes.

 Derrière ses manières policées, sa voix calme et posée, Jean-Dominique Senard est capable de faire preuve d’une grande détermination, comme l’a marqué son parcours chez Michelin.

Le premier à ne pas faire partie de la famille

 Il est ainsi devenu, en 2012, le premier patron de Michelin ne faisant pas partie de la famille éponyme.

 A la tête de Bibendum, il s’est d’abord attelé au développement géographique ambitieux de Michelin dans les pays émergents. Des nouvelles usines ont ainsi été implantées au Brésil, en Inde et en Chine.

 Puis le dirigeant s’est ensuite attaché à faire entrer Bibendum dans l’ère du numérique, avec les acquisitions de l’éditeur de logiciels brésilien Sascar, et la prise de contrôle des sites de ventes de pneus en ligne Allopneus, en France, ou Blackcircles, en Grande-Bretagne.

 Mais il a également eu à gérer des moments difficiles, notamment la restructuration de l’outil industriel en Europe et en France. Le dirigeant n’a ainsi pas hésité à fermer le site de Joué-lès-Tours, en France, mais cet épisode ne lui est pas resté collé à la peau.

 Le nouveau boss de Renault n’est pas passé par la haute fonction publique, mais par HEC ; ce fils de diplomate né à Neuilly est également titulaire d’une maîtrise de Droit.

 Il passe son enfance à voyager au gré des affectations de son père, successivement ambassadeur de France au Caire, à La Haye et à Rome.

Au cours de sa carrière, il prend la direction financière de Total, en 1979, puis la direction de la trésorerie de Saint-Gobain, en 1987, avant de prendre le direction financière de Pechiney, puis de Michelin in fine et de monter ensuite sur la plus haute marche de l’entreprise.

 Une solide expérience qui va l’aider à affronter les nombreux défis qu’il va avoir à relever, à commencer par l’affermissement des relations avec Nissan qui ont sérieusement tangué avec l’arrestation de Carlos Ghosn.

 Avec son solide viatique, Jean-Dominique Senard a tous les atouts pour tenir le volant d’une main ferme, maintenir droite sa route et engager Renault dans un nouveau cycle qui s’annonce néanmoins sportif.

Chez Michelin jusqu’en mai

 Cette transition n’est pas pour tout-de-suite. Jean-Dominique Senard restera à son poste au sein du groupe pneumatique jusqu’à l’expiration de son mandat en mai prochain.

 On sait par ailleurs que des procédures particulières seront mises en place. Le prochain patron de Renault a demandé à ce qu’il soit tenu compte de ses deux mandats dans le cadre de la politique de rémunération appliquée par Michelin, via une diminution pendant cette période.

 C’est Florent Menegaux qui le remplacera à la tête de Michelin à partir du 17 mai.