Auto-entrepreneur : 1er bilan mi-figue, mi-raisin

Dominique Largeron

Le nombre de créations d'entreprises record affiché en septembre ne doit pas encore être vu comme le renouveau de l'entrepreneuriat en France. Il est dû pour une bonne part  au nouveau statut d'auto-entrepreneur, conséquence du chômage et souhait d'améliorer l'ordinaire.

Auto-entrepreneur : 1er bilan mi-figue, mi-raisin

Même si le bilan d'une entreprise se juge au bout d'un an, on peut d'ores et déjà effectuer un premier bilan du statut d'auto-entrepreneur car nous disposons enfin des statistiques sur six mois depuis sa création.

Dès son apparition, ce nouveau statut d'auto-entrepreneur a été applaudi : il représentait enfin la solution simple et rapide pour créer sa propre entreprise. Loin de la lourdeur des autres formes de sociétés : trois clics de souris suffisent pour devenir chef d'entreprise. Les charges sociales et fiscales ne sont pas payées avant même  le premier euro de chiffre d'affaires, mais sont calculées par taux forfaitaire de ce même chiffre d'affaires : 12 % dans le commerce, 21,3 % dans les services et 18,3 % pour les professionnels libéraux.

A première vue, le premier bilan est plutôt flatteur. Selon les statistiques publiées le 20 octobre par l'Insee, le nombre de création d'entreprises a atteint un nouveau record historique : 56 548 en septembre en France, soit une hausse de 36,8 % par rapport au mois précédent. En cumulé, le nombre de créations d'entreprise de juillet, août et septembre est en hausse de 80,3 % par rapport aux mêmes mois de 2008 ! Et l'on devrait dépasser cette année l'objectif de 500 000 créations d'entreprises fixé par le gouvernement.

Ces chiffres caractérisent-ils un renouveau de l'entrepreneuriat en France ? Pas si sûr, si on observe de plus près les chiffres : depuis janvier plus d'une création d'entreprise sur deux est due au statut-d'auto-entrepreneur.

Mais on constate aussi que seuls 43 % des auto-entrepreneurs ont déclaré un chiffre d 'affaires. Et ceux qui en ont déclaré un, ont affiché une moyenne de 4 200 euros au 2ème trimestre, soit 1 400 euros par mois. Que reste-t-il lorsqu'on a défalqué le taux forfaitaire variable selon l'activité, les dépenses courantes de l'entreprise, ainsi que le paiement des fournisseurs ? Selon les calculs, le revenu effectivement perçu varie de 400 à 800 euros dans le meilleur des cas, s'agissant d'une moyenne et sachant que chaque entreprise constitue un cas particulier.

Ce qui prouve pour l'instant, en attendant de bénéficier de statistiques sur une plus longue durée, que la formule semble plus adaptée à des activités complémentaires et pour tester ou démarrer une activité que pour assurer un emploi pérenne et correctement rémunéré.
Or, une autre enquête menée par Ciel, un éditeur de logiciels pour auto-entrepreneurs, montre que les deux tiers de ces mêmes auto-entrepreneurs, s'ils ont créé leur activité, c'est bien pour en vivre. 49 % d'entre eux n'avaient  d'ailleurs pas le choix puisqu'ils sont chômeurs.

Autres données intéressantes : 62 % des auto-entrepreneurs se lancent sans étude préalable de leur activité (business plan, étude de marché, etc.) et près de la moitié sans être accompagné par un expert-comptable ou une Chambre de commerce. Or, l'on sait que l'accompagnement constitue une donnée très importante de la réussite ou non d'un projet de création d 'entreprise.

Il ne faut aussi bien avoir en tête que le statut est restrictif : aucune charge n'est déductible (ni achat de matériel, ni frais de déplacement) et étant non assujetti à la TVA, l'auto-entrepreneur ne peut donc la récupérer. Pas non plus salarié, l'auto-entrepreneur ne peut faire appel au portage salarial. Il ne peut en outre embaucher un salarié et on le sait, son chiffre d'affaires est plafonné.

Au bilan, le statut d'auto-entrepreneur a créé une poussée apparente de l'entrepreneuriat. Même si celle-ci est pour partie en trompe l'œil, c'est tant mieux. Mais il ne faut pas en attendre plus qu'il ne peut donner, c'est-à-dire un revenu d'appoint et la possibilité de tester pendant un temps sa nouvelle entreprise avant de passer à un autre statut.

Si on veut en vivre correctement, il ne peut se substituer de façon durable aux formes « classiques » d'entreprises. Autant le dire et ne pas bercer des dizaines de milliers d'auto-entrepreneurs dans l'illusion. Les autres pourront trouver leur bonheur dans un statut qui correspondait à une attente qui reste clairement limitée.

Publiée le 02 nov. 2009 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 02 nov. 2009
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