GROUPE SEB
Crise : le capitalisme saura-t-il se réformer lui-même ?
Thierry de la Tour d'Artaise, le Pdg du leader de l'électroménager SEB basé à Lyon-Ecully est un très bon manager qui a développé de manière importante la valeur de son entreprise. Pourtant-coup de théâtre- le 17 mai dernier, les actionnaires familiaux ont rejeté, lors de l'assemblée générale de la société deux résolutions qui autorisaient le versement en 2011, à lui et d'autres dirigeants du groupe, des stocks options et des actions gratuites. Le signal de la fin de la récré du dogme sur lequel vit le capitalisme depuis trente ans, celui de l'actionnaire-roi, au profit d'une vision plus partenariale et moins court-termiste ?Avec la crise, les actionnaires engageraient-ils leur Nuit du 4 août ?

La crise que nous vivons avive les réflexions sur le capitalisme qui pour beaucoup serait à bout de souffle.
Ces réflexions proviennent non seulement des pourfendeurs habituels de l 'économie de marché, mais aussi et surtout, ce qui est nouveau, de ses propres rangs. Au point que le dogme de l'actionnaire-roi, théorisé par Milton Friedman sur lequel nous vivons depuis trente ans, est mis en cause par ceux-là même qui en profitent le plus. Provoquant à leur manière une Nuit du 4 août (*) ?
Un signal intéressant a émané le 17 mai dernier des actionnaires familiaux de, SEB, fabricant lyonnais de petit électroménager qui ont refusé lors de l'assemblée générale de verser en 2011 des stocks options et des actions gratuites à Thierry de la Tour d'Artaise et à son équipe dirigeante, pourtant bien loin d'avoir démérités. "Nous n'avons absolument aucune divergence sur la stratégie. En revanche, nous souhaitons plus d'équité en matière de rémunération", a expliqué à l'issue du vote Philippe Girardot, le président du holding familial Fédéractive regroupant les actionnaires familiaux.
Outre ces patrons qui ont signé une pétition demandant plus d'impôts pour les riches, on peut lier ce vote aux déclarations de l'auteur de « Ils vont tuer le capitalisme », Claude Bébéar, l'ancien patron d'Axa pour qui « l'entreprise doit aussi créer de la valeur pour ses clients, ses salariés et la société en général » ou d'un Leo Apotheker, ancien dirigeant de SAP : « Il est temps que l'on parle de valeur partenariale plutôt que de valeur actionnariale »... Ce qui lui a d'ailleurs coûté son poste !
Les fameux 15 % de ROE (Retour sur fonds propres) au profit de l'actionnaire ont provoqué deux effets pervers. Le coût du capital extrêmement faible autorise des effets de leviers importants du fait de taux d'intérêts redevenus très bas. Ensuite un intéressement des managers à ces rendements par les stocks options et les bonus indexés sur les cours de Bourse. Or, ces stocks options et bonus qui ont fait leur fortune, ont amené ces patrons salariés à accentuer au maximum la politique menée en faveur de leurs actionnaires, leur propre rémunération y étant indexée. La boucle était bouclée.
Résultat : les salariés américains ont, de ce fait, en dollars constants, vu leur pouvoir d'achat stagner depuis trente ans. Or, il faut savoir que la croissance américaine, comme celle de l'Europe d'ailleurs, est tirée par la consommation qui représente plus de 60 % du Produit Intérieur Brut (PIB). On a bien essayé de pallier cette faiblesse des revenus de la classe moyenne américaine avec les prêts hypothécaires (subprimes). On sait ce qu'il en est advenu.
Notre système a besoin d'un nouvel Henri Ford. Souvenez-vous, cet inventeur du « fordisme », avait compris que s'il voulait vendre les voitures qu'il fabriquait sur ces chaînes d'assemblage, il lui fallait mieux payer ses ouvriers qui figuraient parmi ses premiers clients.
Il augmenta donc au début du 20ème siècle le salaire de ses ouvriers de 5 dollars par jour contre 2 à 3 auparavant, afin de stimuler la demande de biens et donc d'augmenter la consommation. Une philosophie plus pragmatique qu'altruiste qui fut à l'origine d'une longue ère de prospérité aux Etats-Unis.
Dans le passé, le capitalisme qui a battu KO debout le communisme, a toujours su montrer qu'il pouvait être d'une grande plasticité et s'adapter à chaque nouvel environnement. Saura-t-il cette fois faire la preuve du même pragmatisme pour survivre et se remettre en cause ? Et nous permettre de surmonter la crise ? Faute d'une opposition forte au système, le changement ne pourra que venir de ses propres rangs. A quand cette Nuit du 4 août ?
(*) La nuit du 4 août 1789 est l'événement fondamental de la Révolution française, amenant l'Assemblée constituante au sein de laquelle la noblesse et le clergé étaient en nombre à mettre fin au système féodal et à abolir les privilèges.
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