Des Assises pour l'industrie, et après ?
Dominique Largeron
Avez-vous par hasard entendu parler des Assises de l'industrie ? Sans doute non. Lesdites Assises ont pourtant été lancées le 15 octobre dernier par le ministre de l'industrie, Christian Estrosi avec une discrétion de bon aloi.
Il est vrai que le processus choisi n'a rien de spectaculaire. Il passe par la création d'une dizaine de commissions, l'organisation de réunions en région, pour culminer en février sur une grande convention nationale.
Mais pour l'heure, si leur objet avait été de sortir l'industrie de l'ombre, ce n'est pas une réussite.
Pour mémoire, la région Rhône-Alpes avait aussi organisé ses propres Assises de l'industrie : c'était en 2008, juste avant la crise.
Ces premières Assises avaient permis de dresser un état des lieux de l'industrie dans la région qui dessinait un socle solide : elle comptait à l'époque 77 000 établissements pour 650 000 emplois et 40,30 milliards d'euros de valeur ajoutée.
Cet état des lieux avait permis de constater que Rhône-Alpes était la région française qui présentait la plus forte densité de l'industrie manufacturière hexagonale, s'appuyant notamment sur une foultitude de PME de 29 à 249 salariés. Autre constatation faite à l'époque : Rhône-Alpes était aussi la première région française pour l'investissement dans l'industrie ; mais encore, la première pour la mécanique, la métallurgie, les composants électriques et électroniques... en termes de salariés du moins.
Un autre constat plus général se révélait moins réjouissant : le poids de l'industrie française dans les exportations européennes a chuté de 25 % en moins de 10 ans. Même dans l'automobile, le solde des échanges extérieurs est négatif depuis 2007, alors qu'il était traditionnellement excédentaire. Enfin, la part de l'industrie dans l'emploi en France a reculé de 20 % en dix ans.
Après la crise, le bilan est encore plus sombre encore. On estime à 15 % le recul de l'industrie française du fait de la crise ! Tous les échos provenant des industriels illustrent un sacré coup de tabac.
Aucun doute : La France qui s'est, depuis longtemps, désintéressée de son industrie en paie le prix, accentué par la crise.
En quoi donc des Assises de l'Industrie pourraient-elles la sortir de l'ornière ? En focalisant sur ce secteur pour marteler cette vérité : sans industrie forte, pas d'avenir.
Et amener l'Etat à se préoccuper beaucoup plus d'un secteur où l'on n'aime pas les paillettes, mais l'action concrète.
Les conclusions des Assises de l'industrie de 2008 en Rhône-Alpes pourraient sans l'ombre d'un doute être reprise aujourd'hui. Elles préconisaient la création de centres de ressources experts de proximité à l’écoute des besoins spécifiques de chaque industriel. Dans les domaines de l’intelligence économique, l’innovation, la stratégie d’entreprise, le développement commercial l’international, la gestion des ressources humaines…
Elles mettaient l'accent sur la nécessité de perfectionner des formations et sur le renforcement des liens entre l’enseignement supérieur et l’entreprise.
Et appelaient à un vrai lobbying avec l’ensemble des industriels et leurs représentants « pour promouvoir la véritable image de l'industrie du 21ème siècle et la rendre plus attractive. » Plus que jamais d'actualité !
Mais est-ce suffisant pour remettre l'industrie au cœur de l'économie ? Non bien sûr. Il faut d'abord régler le problème de la sous-traitance. Les PMI ont besoin de relations contractuelles qui ne s'établissent pas seulement sur les critères du " moins-disant ".
On a beaucoup vanté les mérites des chasseurs de coûts qui traquent la moindre économie, accentuent la pression sur les fournisseurs pour faire baisser les prix. Mais finalement, ils les asphyxient avant de se tourner vers d'autres, souvent installés dans les pays à bas coûts de production. Or, cette stratégie trouve très vite ses limites et finit par tirer les fournisseurs vers le bas, tant en termes d'investissement que d'emploi.
Mais il faut aller encore plus loin : que l'Etat retrouve là aussi son rôle. C'est d'ailleurs le ministre, Christian Estrosi qui l'a reconnu lui-même lors du lancement de ces Assises, le 15 octobre à Paris : "Trop longtemps, l'Etat s'est tenu à l'écart préférant laisser aux forces du marché le soin d'organiser notre avenir et s'est refusé à assumer une grande ambition pour notre industrie. » Avant d'ajouter : "Cette période est révolue". Chiche ?
Là aussi les leçons de la crise sont claires : la politique du tout libéral et ses rendements excessifs favorise la finance, pas l'industrie qui ne peut s'inscrire dans le court-termisme. Sans revenir au Plan version gaulliste, une véritable politique industrielle s'impose si l'on veut en France le maintien et le développement d'une industrie forte.
Reste à la définir et à lui donner de la consistance, en ciblant les secteurs d'avenir, en mettant en place des objectifs et des moyens qui ne passent pas uniquement par des aides, impuissantes à régler des problèmes structurels, mais par des relations et méthodes de travail durables entre les différents acteurs.
Une vraie politique industrielle pour la France ? Si ces Assises accouchaient d'une telle volonté politique qui ne soit pas que cosmétique, mais s'inscrivait sur le long terme, ce serait une vraie révolution.
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