La nouvelle bataille de l'eau
EDF va t-elle perdre 20 % de ses joyaux alpins, en l'occurrence une partie de ses barrages hydro-électriques ? Pas impossible car une procédure va être lancée dès cette année à travers un appel d'offres européen qui suscite bien des convoitises. Mais l'opérateur historique est bien décidé à défendre chèrement sa peau, en l'occurrence des barrages qui sont dans son giron depuis leur construction. En jeu : des centaines de millions d'euros.

Déjà, lorsque l'Etat avait cédé la Compagnie Nationale du Rhône (CNR dont le siège est basé à Lyon) à GDF-Suez, pour créer le deuxième compétiteur énergétique national, EDF avait dû se soumettre, perdant au passage plus d'une dizaine centrales hydrauliques très rentables dont elle assurait la gestion et commercialisait l'électricité. Du haut au bas de l'échelle d'EDF, on avait alors serré les dents. Cette fois, à EDF, on entend tout faire pour que ce même scénario ne se répète pas.
Il est vrai que cette fois la procédure est différente. Le gouvernement a décidé de remettre en cause l'exploitation de 51 barrages à l'échelon national dont un bon nombre dans les Alpes, ce qui représente près de 20 % des barrages gérés par EDF dans la région Rhône-Alpes. Soit une production de 5 300 MGW dans la balance.
Le gouvernement a regroupé ces 51 centrales au sein de dix concessions hydrauliques qui seront proposées au plus offrant sous la forme d'autant d'appels d'offres. Quatre de ces dix concessions sont situées dans le massif alpin. On les trouve dans la vallée du Drac, la chaîne du Beaufortain, la vallée de la Romanche et la Maurienne.
Jusqu'à présent, les concessions hydroélectriques françaises étaient renouvelées de gré à gré, sans mise en concurrence et c'est EDF qui, le plus souvent, remportait quasi-automatiquement la mise.
Cette fois, l'opérateur historique qui pourra bien sûr concourir à l'instar des autres opérateurs, se retrouvera au cœur d'un jeu beaucoup plus ouvert où figurera non seulement le n°2 français, GDF-Suez, mais aussi des producteurs d'électricité étrangers qui ont déjà fait part de leur appétit pour les barrages tricolores.
On trouve parmi ces opérateurs très intéressés, l'autrichien Verbund, le canadien Hydro-Québec et le norvégien StatKraft. Plus récemment, le Suisse Alpiq a décidé de se mettre à son tour sur les rangs.
L'Etat a fait savoir qu'il choisira la meilleure offre sur la base de trois critères : énergétique, environnemental et économique. Une procédure qui intéresse aussi diablement les collectivités locales situées près de ces barrages : si une moitié des redevances va à l'Etat, l'autre moitié va aux collectivités territoriales situées à proximité de ces barrages.
Il faut savoir que le gouvernement a une idée derrière la tête : il veut pousser les candidats à faire de la surenchère en matière d'investissements de modernisation des installations existantes pour qu'elles produisent-bien-davantage. La grande majorité des barrages soumis à ces appels d'offres ont plus de cinquante ans, sont amortis et ont besoin d'une solide modernisation.
« Nous avons bien l'intention de faire des offres particulièrement performantes sur tous les critères en lice. Nous savons faire : nous avons une longue expérience et des équipes très pointues dans ces domaines », assure Patrick Sambarino, responsable de l'unité de production Alpes à EDF qui reconnaît qu'EDF est bien décidée à tout faire pour conserver le maximum de barrages dans son giron.
On va bientôt pouvoir apprécier l'efficacité de cette stratégie. Le premier test va vite arriver. Le premier appel d'offres concernant les ouvrages du lac Mort (vallée de la Romanche) va être lancé d'ici la fin de l'année, pour une décision prise à la mi-2102. Les clés seront remises au vainqueur dès la fin 2013. Une jolie bataille en perspective !
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