COMAREG - PARUVENDU

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En liquidation judiciaire depuis le 03.11.2011

Patrons visionnaires... ou pas

Dominique LargeronPatrons visionnaires... ou pas

Mercredi 2 février à New-York, le magnat de la Presse Rupert Murdoch lançait le premier journal numérique au monde à lire exclusivement sur iPad : «The Daily », avec ce premier titre à la « une » : « Falling Pharoah ». Un investissement de 30 millions de dollars qui lui a permis de rassembler 120 journalistes, parmi les plus belles signatures de la Grosse Pomme.

Un vrai pari qui sera observé à la loupe par tous les patrons de presse du monde. Si Murdoch réussit, cela signifie qu'il existe une alternative rentable au journal-papier : la tablette numérique de la société Apple avec qui Murdoch a paraphé un accord. Et celles sorties depuis par d'autres acteurs. Tout le monde s'engouffrera alors dans la brèche ouverte. Murdoch aura gagné ses galons de visionnaire.

Le même jour à Lyon, une réunion se déroulait fort mal dans les bureaux de la Comareg, le leader français de la presse d'annonces gratuites. La direction voulait mettre à l'ordre du jour son plan social. Les délégués du personnel ont refusé la présentation des trois cents pages de documents qui n'étaient pas prévus à l'ordre du jour.

Ils vivent en effet un vrai traumatisme : le groupe est en pleine restructuration. Il supprime 758 postes, soit le tiers des effectifs.

La Comareg (Journaux ParuVendu) était à l'origine d'une des plus belles success stories lyonnaises. Elle avait été lancée en 1969 par Paul Dini. Ce fut lui, le premier qui, visionnaire, lui aussi, avait pressenti l'essor des journaux gratuits de petites annonces. Une fois l'entreprise dans sa phase de maturité, il l'a fort bien vendue au Groupe Hersant Media (GHM) avant de se retirer des affaires et de se lancer dans le mécénat.

Seul hic : le visionnaire Dini n'a pas vendu à un autre visionnaire. Philippe Hersant, le patron de GHM n'a jamais pris la dimension et la rapidité du basculement des petites annonces vers la Toile. Et n'a jamais su anticiper.

Le résultat est là : en redressement judiciaire depuis novembre dernier, la Comareg arrête 22 éditions des journaux papiers sur 223, soit 600 000 exemplaires. Les 240 points d'accueil physiques dans toute la France vont être supprimés.

Et il n'était que temps : de gros efforts seront désormais portés sur l'Internet pour sauver l'entreprise. Les sites Web seront remis à niveau et les particuliers pourront y déposer leurs annonces gratuitement, alors qu'ils doivent payer actuellement. Seules seront payantes les options (photos, meilleure visibilité) et les annonces professionnelles.

Dominique Bernard, directeur général de GHM reconnaît que ces mesures de refondation totale de l'activité de la Comareg auraient dû être prises depuis longtemps. Ce sont les salariés qui paieront le prix de cette absence de vision. Tout ce que l'on demande à un chef d'entreprise, outre de savoir bien s'entourer, est de voir un peu plus loin que le court terme. S'il n'assume pas, il existe de grands risques de voir l'entreprise trinquer, qui plus est, si le secteur dans lequel elle évolue est plongé dans le grand bain du changement. CQFD.

Publié le  08 févr. 2011 par Dominique Largeron. Dernière mise à jour le  15 févr. 2011 
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