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Privatisation de Lyon-Saint Exupéry : il faudra compter avec les chefs d'entreprise
Dominique Largeron
Les doléances des chefs d'entreprise, de grands groupes comme des PME, à l'égard de l'aéroport de Lyon-Saint Exupéry sont connues. Avec huit millions de passagers seulement, aucune véritable liaison intercontinentale sérieuse (trois tentatives vaines de créer un Lyon-New York), l'aéroport rhônalpin ne boxe pas dans la catégorie qui devrait être la sienne : Manchester, Milan ou Barcelone, voire même sans aller si loin, Genève.
C'est la raison pour laquelle, le « Club des entrepreneurs pour les Aéroports de Lyon » qui s'est créée à l'origine dans un but défensif pour contrer le projet de 3ème aéroport parisien, a rencontré un tel succès. Sous la houlette de son président, Bruno Allenet, directeur régional de GDF-Suez, la poignée des dirigeants d'entreprise des débuts est devenue un vrai groupe de lobbying avec 250 adhérents et près de 500 entreprises, sachant qu'adhérent également en son sein des groupements d'entreprises.
Les critiques des décideurs à l'égard de St-Ex sont multiples. Pour Olivier Ginon, le Pdg de GL Events, « Si l'on compare l'aéroport de Lyon à celui de Barcelone et ses 29 millions de passagers, on ne peut malheureusement constater qu'il ne s'agit pas du même aéroport... » Et de déplorer que récemment « Air France a supprimé sa liaison avec Londres ! » Et effectivement, si Rhône-Alpes est la 8ème région d'Europe, force est de constater que l'aéroport est situé à la ...47ème place européenne en termes de trafic.
Pour Eric Lambert, de Mérial, «Cela pose un vrai problème pour toutes nos équipes de cadres qui tous les jours prennent l'avion. »
Les multinationales régionales ne sont pas les seules à se plaindre que St Ex soit certes européen, mais pas intercontinental. Pour le patron de Mixel, par exemple, « Nous qui n'avons pas d'image forte en tant que PME, il nous est difficile de faire venir nos clients. Du fait des difficultés de liaisons, Lyon n'est pas, pour eux, très attractif. »
Le souhait de ces décideurs: qu'il existe au moins une ligne vers le Moyen-Orient, vers le hub de Dubaï (38 millions de passagers), actuellement en discussion avec Emirates, une autre vers l'Asie et une autre encore vers le continent américain, via Newark ou Atlanta, mais surtout pas l'aéroport JFK de New York, trop petit hub, ce qui expliquerait le dernier échec fin 2009 de la tentative de liaison avec New York.
Tous ces chefs d'entreprises estiment que le projet de privatisation de l'aéroport de Lyon-Saint Exupéry, en cours, devrait constituer à cet égard une véritable opportunité. L'Etat qui possède 60 % du capital de l'aéroport aux côtés des collectivités, doit céder ses actions dans les semaines ou les mois à venir. Et ce, à travers un appel d'offres européen.
Le premier candidat à se mettre sur les rangs est Pierre Graff, le Pdg d'ADP (Aéroport de Paris). Mais le risque existe qu'il privilégie Roissy-Charles de Gaulle au détriment de Lyon. Mais d'autres opérateurs et non des moindres sont aussi en lice : le Canadien SNC Lavallin, déjà très présent à Lyon, ou la filiale de Vinci qui gère déjà cinq aéroports en France, voire aussi celle de Véolia.
Pour Bruno Allenet, « la privatisation de Saint-Exupéry constitue l'occasion unique de trouver un opérateur qui veuille lourdement investir pour développer enfin de manière importante cet aéroport, en lui imposant un vrai cahier des charges. »
Mais les chefs d'entreprises qu'il regroupe ont aussi bien conscience que seuls, ils auront du même à mener un intense lobbying. Ils souhaitent aussi que les autres collectivités : le Grand Lyon et la Région, notamment, jouent à cet égard leur rôle.
Une certitude en tout cas : Lyon-Saint Exupéry excite diablement les appétits des opérateurs. On sait que la plupart des aéroports français seront saturés d'ici 2030. Mais pas Saint-Exupéry qui est le seul de sa taille à posséder encore d'importantes réserves foncières et est susceptible de grossir pour accueillir sans difficulté plusieurs dizaines de millions de passagers. Mais pour ce faire, il faudrait qu'il possède enfin de véritables liaisons intercontinentales !
Dessin Friandart- Figure dans les rubriques
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