Physique quantique : comment les entreprises peuvent se préparer dès aujourd’hui à la révolution industrielle
Le sujet peut sembler réservé aux laboratoires de recherche. Pourtant, le calcul quantique est en train de devenir un enjeu stratégique pour les grandes entreprises industrielles, financières et technologiques.
Invité par le Medef Lyon-Rhône dans le cadre de l’Innovation Tour 2026, Olivier Ezratty, quantum engineer et cofondateur de QEI (Quantum Energy Initiative), est venu décrypter une question centrale : comment passer du potentiel scientifique du quantique à une réalité économique concrète pour les entreprises ?
Du mythe scientifique aux cas d’usage industriels
Contrairement aux idées reçues, le calcul quantique n’a pas vocation à remplacer l’informatique classique. Il vise à résoudre certains problèmes extrêmement complexes que les supercalculateurs actuels traitent difficilement : optimisation combinatoire, simulation de matériaux, gestion de réseaux énergétiques, modélisation moléculaire ou encore cryptanalyse.
Les secteurs déjà en exploration sont nombreux : énergie, finance, transport, logistique, défense, chimie, pharmacie ou télécommunications.
Des groupes comme Airbus, EDF, BNP Paribas, Mercedes-Benz ou SNCF expérimentent déjà des prototypes d’applications, souvent via des approches hybrides combinant calcul classique et calcul quantique.
Un écosystème industriel en structuration rapide
Plus de 80 constructeurs travaillent aujourd’hui sur des technologies quantiques : qubits supraconducteurs, atomes froids, photons, ions piégés, silicium ou approches topologiques.
La France dispose d’un tissu industriel dense avec des acteurs comme Pasqal, Quandela, Alice & Bob ou Quobly, mais aussi des acteurs structurants comme Air Liquide (cryogénie) ou Thales (cybersécurité et capteurs).
Le développement du quantique ne concerne donc pas uniquement les physiciens : il mobilise l’électronique, les matériaux, la cryogénie, le logiciel, le cloud et les infrastructures énergétiques.
Cloud quantique : l’accès est déjà possible
Inutile d’investir dans un ordinateur quantique pour commencer à expérimenter. Les principaux acteurs technologiques proposent déjà un accès via le cloud.
IBM, AWS, Microsoft ou OVHcloud permettent aux entreprises de tester des algorithmes quantiques à petite échelle, souvent dans une logique d’hybridation avec leurs infrastructures classiques.
Le message est clair : l’entrée dans le quantique ne nécessite pas, à court terme, d’investissement massif en CAPEX.
Énergie, coûts, maturité : où en est-on réellement ?
Les ordinateurs quantiques actuels sont encore dits « NISQ » (Noisy Intermediate-Scale Quantum), c’est-à-dire bruités et non tolérants aux fautes. La prochaine étape vise des machines FTQC (Fault-Tolerant Quantum Computers), capables de corriger leurs erreurs.
Les défis restent majeurs : stabilité des qubits, cryogénie à 15 millikelvins, correction d’erreurs, interconnexions, consommation énergétique.
Mais les progrès sont rapides. L’installation récente d’un système IBM de 120 qubits en janvier 2026 illustre l’accélération industrielle.
Comment une entreprise peut-elle se préparer ?
Pour Olivier Ezratty, la priorité n’est pas technologique mais stratégique.
Les entreprises doivent identifier les problèmes aujourd’hui mal résolus ou trop coûteux en calcul. Elles doivent aussi former une communauté interne mêlant IT, data et cybersécurité, comprendre les paradigmes technologiques (gate-based, annealing, analogique), tester des algorithmes via émulateurs ou accès cloud, et s’intégrer à l’écosystème français et européen.
Autrement dit : se préparer avant que l’avantage compétitif ne se matérialise.
Un enjeu de souveraineté économique
Au-delà de la performance technique, le quantique pose une question de souveraineté industrielle et de cybersécurité. Les futures capacités de cryptanalyse pourraient remettre en cause certains standards actuels.
Les entreprises doivent donc anticiper dès maintenant la transition vers des solutions dites « post-quantum ».
Un livre référence pour comprendre le sujet
Olivier Ezratty publie chaque année une mise à jour de son ouvrage de référence Understanding Quantum Technologies, désormais dans sa 8e édition (1 522 pages).
Disponible gratuitement en PDF, il constitue aujourd’hui l’une des synthèses les plus complètes sur l’état de l’art scientifique, industriel et économique du quantique.
Conclusion : attendre ou expérimenter ?
Le quantique ne produira pas d’impact massif demain matin. Mais les entreprises qui auront structuré leur veille, formé leurs équipes et identifié leurs cas d’usage seront les premières à capter la valeur.
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