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“La qualité de vie de la métropole se dégrade depuis vingt ans”
Professeur, géographe et fondateur de l’École urbaine de Lyon, Michel Lussault a réalisé lors du premier confinement des vidéos pour “penser le monde avec le virus”, vidéos qu’il a reprises et mises en perspective dans un livre, Chroniques de géo’virale.

Les grandes épidémies ont changé l’urbanisme et les habitations, comme l’illustre la charte d’Athènes. Ce sera encore le cas après le Covid, selon vous ?
Une bonne partie du corpus de l’urbanisme contemporain inventé dans le XIXè siècle est liée aux préoccupations hygiénistes. C’est-à-dire à l’idée de purger le milieu urbain de ses pathogènes. On voit bien que des réflexions naissent depuis le premier confinement, à partir d’une critique du logement standard contemporain dans la métropole.

Depuis trente ans, en France, la taille moyenne des logements neufs a continuellement diminué. On a perdu plus de 12 m2. Tous les subterfuges y sont passés : au premier chef la cuisine américaine, des chambres de plus en plus petites, il n’y a plus de débarras. Les balcons se sont multipliés mais sont de plus en plus petits. J’ajoute que, quoi qu’on en dise,
l’insonorisation n’est pas si formidable que ça. Il y a des copropriétés des années 1960 et 1970 qui sont bien mieux construites et bien mieux conçues, avec des logements plus vastes et des hauteurs sous plafond plus importantes (on a perdu 20 cm depuis). Dans les enquêtes, les gens se plaignent aussi d’avoir des salles de bains sans ouverture sur l’extérieur.

La responsabilité, c’est le fonctionnement de la promotion immobilière. À partir du moment où le prix du foncier représente plus de la moitié du coût d’une opération, les promoteurs vont monter la quantité de Shon [Surface hors œuvre nette.] qu’on peut vendre sur la même surface. Nous en sommes arrivés là parce qu’il y a eu une démission publique. En gros les pouvoirs publics se sont occupés du logement social et du logement privé en multipliant les montages financiers permettant aux promoteurs de maximiser leur rente et aux acheteurs de faire des économies d’impôt. Les normes de construction sont proliférantes, mais elles servent à la sécurité et la qualité énergétique du bâtiment. Jamais
à la qualité des biens.

Le PLU-H pourrait prescrire une surface minimum par typologie de biens…
Ça devrait aller jusqu’aux jardins publics. Toutes les copropriétés des années 1970 pouvaient être assez massives mais avec des parkings aériens et des espaces de jardin de pleine terre. À partir des années 1993-1994, on est passé à la systématisation des parkings souterrains et à une augmentation de la charge foncière. Vous avez des surfaces libres qui se réduisent et qui sont sur dalle.

On se retrouve avec des îlots très denses, très minéralisés. Vous avez des différences de température estivale qui sont spectaculaires, de 0,3 à 0,4°. On est en train de s’apercevoir à l’occasion de ce confinement que finalement la qualité de vie de la métropole s’est dégradée depuis vingt ans et au premier chef la qualité des logements.

On a parlé de logements. Qu’en est-il de l’urbanisme ?
L’urbanisme standard des vingt-cinq dernières années, qu’a-t-il provoqué ? Une surdensification des îlots et des espaces. À Lyon, c’est une caricature. C’est ce qui a fait que je me suis éloigné de Gérard Collomb dont j’étais assez proche. Regardons la Zac du Bon-Lait, la Zac des Girondins, comparez la première et la deuxième phase de Confluence… avec des îlots extrêmement denses, avec des covisibilités invraisemblables.

On est aux limites des possibilités du PLU (4 mètres entre deux murs), ce qui fait que même la qualité de l’architecture disparaît. Le très joli bâtiment en pisé qui vient d’être fait est écrasé, encapsulé dans son îlot. On a instrumentalisé un discours pseudo-écologique sur la ville dense…

On est allé trop loin ?
Je suis plutôt pour la ville dense, compacte. Parce que je pense que ce sont ces formes qui permettent de régler une bonne partie des problèmes que nous avons en termes de mobilité et qualité de vie. Vous avez vu le concept de “ville du quart d’heure” développé par Carlos Moreno, la redécouverte d’une ville de proximité piétonne. C’est-à-dire une ville où lorsque l’on sort, on trouve des équipements, des commerces, des services, des loisirs, des espaces ouverts.

Vous pensez qu’à Lyon il faudrait plus d’espaces verts ?
Plus de désartificialisation des sols. J’avais eu des échanges assez vifs avec les services du Grand Lyon au moment de la réflexion sur la place de Francfort. C’est un peu le modèle de ce qu’il ne faut pas faire aujourd’hui avec des arbres mais une place complètement minéralisée. Elle se présente comme un plateau roulant, on a l’impression que les citadins sont des valises à roulettes !

La ville du XIXè siècle savait composer avec des espaces de pleine terre, y compris des endroits très peuplés. Là où il y a le centre de Perrache, il y avait un vaste espace de jardins, de squares, qui était extrêmement fréquenté. Admettons qu’il était nécessaire de construire Ikea et Leroy Merlin à Vénissieux. Alors pourquoi n’est-on pas rentré dans une logique de compensation de l’artificialisation ? Que va-t-on faire de la parcelle libérée ? Pourquoi ne pas réfléchir à son en végétation ? J’avais fait une autre proposition : tout mettre en parc, jardins et ferme urbaine au sud de la Confluence. La SPL va perdre de la rente foncière, mais rien ne dit que vous ne serez pas capable de valoriser ce qu’on va avoir.

 

 


 

Edition Avril 2021
NOUVEAU LYON #47

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