La Région, pivot de la future banque de financement des PME ?

C'est officiel. Pierre Moscovici, le nouveau patron de Bercy l'a annoncé la semaine dernière : la Banque publique d'investissement destinée à financer les PME et les entreprises innovantes verra bien le jour début 2013. Elle figurait parmi les soixante propositions du candidat Hollande. Reste encore un sérieux problème à régler : l'importance du pilotage régional...

La Région, pivot de la future banque de financement des PME ?

Chargé de mettre en musique les propositions du candidat Hollande, Bercy est en pleine ébullition. Entre la crise de la dette et un éventuel ajustement pour tenir coûte que coûte les 3 % de déficit du budget en 2013, sous peine de sanction des marchés, les arbitrages se multiplient.

 L'un des derniers en date concerne la Banque Publique d'Investissement (BPI). Pierre Moscovici a bien confirmé qu'elle verrait le jour en début d'année prochaine. Cependant, le ministre de l'Economie est resté flou sur le contour précis de ce projet et surtout, sur sa valeur ajoutée par rapport aux dispositifs existants : Oséo, la banque des PME, mais aussi le FSI, le Fonds Stratégique d'Investissement.

 "Il existe des besoins de financements massifs", a insisté le ministre pour expliquer cette création.

 Le calendrier du nouvel établissement est fixé : une mission de préfiguration rendra ses conclusions d'ici fin juillet pour que la banque devienne opérationnelle début 2013.

 Avec quelle capitalisation ? Là non plus, pas de détails précis. Pierre Moscovici se contente de dire que cette question ferait l'objet de discussions " en liaison avec l'Etat et les régions".

 Ce dernier mot de Région est important. Il se pourrait bien que ces dernières constituent le pivot de ce futur dispositif. Mais apparemment, les arbitrages ne sont pas encore rendus pour savoir quel rôle elles vont pouvoir précisément jouer, une bagarre entre centralisateurs et décentralisateurs semblant se profiler.

 Ce qui a amené tout récemment Jacques Auxiette, le président PS de la région des Pays de la Loire à monter au créneau à travers un « point de vue » paru dans Les Echos, pour défendre une vision décentralisatrice de la future BPI.

 « Il est prévu que les régions qui ont acquis une réelle expertise sur le sujet du financement des PME, en même temps qu'elles developpaient des outils de financement innovants, soient les portes d'entrée de cette nouvelle banque », constate-t-il. Il parle d'or puisque sa région sera la première à lancer en septembre un emprunt obligataire de 100 millions d'euros consacré au soutien des PME et financé par l'épargne...des particuliers.

 Mais pour lui, il s'agit d'aller encore plus loin : « les Régions doivent avoir un rôle de premier plan en matière de décision stratégique d'investissement et de distribution des fonds. »

 Jacques Auxiette enfonce le clou : « Une politique industrielle d'Etat ? Oui ! Mais une centralisation des décision ? Non ! Les régions devront être à la tête des comités d'engagement chargés du traitement des dossiers locaux. »

 Pour lui, « Les Régions devront aussi être présentes dans les instances nationales de la Banque Publique d'Investissement. »

 Et d'attaquer, sans la nommer, la citadelle Bercy : « Le centralisme français après avoir permis historiquement l'émergence de filières exceptionnelles, ne sait pas appréhender la réalité d'une concurrence mondialisée qui impose un rythme effréné aux décisions stratégiques de toutes les entreprises. »

 il assure : «Le centralisme dessert aujourd'hui notre industrie. »

 Il entonne pour terminer l'air de la décentralisation : « Faisons ensemble le pari que la solution et la croissance viendront des régions devenues en quelques années, le chef de file de la polique de développement économique et de l'innovation. »

 Cette position remarquée sera-t-elle entendue ? On connaît la tendance de Bercy à ne lâcher qu'au compte-goutte les cordons décisionnels. Mais il est vrai aussi que la grande majorité des présidents de régions sont désormais de la même couleur que l'exécutif et cela peut peser...

 Sous les lambris feutrés du ministère, une nouvelle bataille des Jacobins et des Girondins est manifestement en cours.

 Il serait dommageable que le choix de la centralisation soit effectué car nous savons bien pour le constater tous les jours, que la Région posséde la taille idéale pour agir, avec beaucoup plus d'efficacité et de réactivité que de lointains bureaux ministériels...

 Mais ceci, à une condition : en évitant les choix partisans et en mettant tous les acteurs sans exception autour de la table. Sinon, des déconvenues sont à craindre..

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Publiée le 11 juin 2012 par LARGERON Dominique. Mis à jour le 11 juin 2012
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