La formation, une arme anti-crise beaucoup trop négligée

Dominique LargeronLa formation, une arme anti-crise beaucoup trop  négligée

Dans le cadre de cette reprise molle que nous vivons, tout le monde recherche actuellement le meilleur moyen à la fois de relancer la croissance, préparer l'avenir et de redonner le moral aux salariés en perte d'emploi. Or, un de ces moyens est la formation et notamment la formation professionnelle.

Elle devrait constituer une, sinon « la » priorité pour maintenir les salariés en activité, les adapter aux nouvelles technologies et les préparer à un monde en plein bouleversement ou simplement préparer leur reconversion.

On sait que que les emplois qui seront créés au cours des dix années à venir en Europe seront essentiellement des emplois à forte intensité de connaissances et de compétences. Selon les données du Cedefop (*), en 2020, 42 % de l'emploi total sera constitué par des cadres d'entreprises et d'administrations, professions intellectuelles ou scientifique et techniciens de haut niveau.

Or, lorsque l'on regarde le paysage de la formation professionnelle en France, on est quelque peu effaré. Cet outil qu'est la formation qui a fait ses preuves et qui est nécessaire pour nous préparer à cet avenir et pour lequel des financements existent, est largement sous-utilisé.

Certes, la crise et son cortège de plans sociaux sont passés par là. Pour la première fois depuis huit ans le chiffre d'affaires des organismes privées de formation a reculé. Le budget des entreprises consacré à la formation a diminué l'année dernière. Le fameux DIF (Droit Individuel à la Formation) n'a été utilisé l'année dernière que par 10 % des entreprises !

Certes, on légifère. Le Parlement a adopté fin 2009 une nouvelle loi sur la formation professionnelle. Cette loi a créé un Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels, destiné à orienter les fonds de la formation vers les salariés les plus fragiles et les demandeurs d'emploi.

Dans la foulée, les partenaires sociaux se sont fixé pour objectif de former 500 000 salariés et 200 000 demandeurs d'emploi supplémentaires chaque année. Et ils sont censés signer, avant fin mars, une convention-cadre précisant les publics visés et les actions prioritaires.

Quant aux régions, elles n'ont pas non plus attendu la crise actuelle pour s'engager sur un terrain dont elles sont un des acteurs-clefs : la région Rhône-Alpes consacrera cette année 190 millions d'euros à la formation professionnelle.

Pourtant, en dépit de ce volontarisme, on est bien obligé de le constater : la formation marque le pas.

Et ce sont d'abord les salariés les plus précaires ou les plus menacés par le chômage qui en font fait les frais. On serait curieux de savoir quel pourcentage des 400 000 chômeurs qui vont être rayés cette année des listes de Pôle Emploi, bénéficiera d'une formation pourtant évoquée par le gouvernement.

Mais le fait d'être inscrit à Pôle Emploi ne vous permet pas pour autant de bénéficier de la formation qui vous mettra le pied à l'étrier. Obtenir une formation pointue fait souvent office de parcours du combattant. Ou alors, il faut avoir déjà une perspective d'emploi pour en bénéficier. Le chat se mord la queue.

Et que dire des 500 000 créateurs d'entreprises recensés l'année dernière qui en auraient bien besoin. Il n'en ont tout simplement pas droit.

Même si des efforts ont été réalisés, il y a encore bien loin, malheureusement, de la coupe aux lèvres.

(*) Centre européen pour le développement de la formation professionnelle

Publié le  23 mars 2010 par Dominique Largeron. Dernière mise à jour le  23 mars 2010 
DIF

Le droit individuel à la formation (DIF) a pour objectif de permettre à tout salarié de se constituer un crédit d'heures de formation.

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