Toute l’actualité Lyon Entreprises

Dans le cadre d’une expérimentation : en difficulté sur l’homéopathie, Boiron se lance dans le cannabis médical

Finira-t-on par légaliser à terme le cannabis (récréatif) en France comme au Canada ou certains états des USA. En tout cas, la plante psychotrope ou chanvre indien fait depuis quelques l’actualité économique dans la région lyonnaise.

Lyon-Entreprises a évoqué, suite à une décision de la Cour de Justice Européenne, l’ouverture dans la métropole lyonnaise depuis plusieurs mois de boutiques de CBD : lire cannabidiol, l’une des substances actives du cannabis autorisée à la vente dans une version très light.

Cette fois, l’on apprend que le leader mondial de l’homéopathie, Boiron, se lance à son tour dans le cannabis, en l’occurrence de cannabis médical.

Via les pharmacies

L’entreprise lyonnaise en difficulté sur le front de l’homéopathie depuis le déremboursement des granules et des doses, le 1er janvier, s’est portée candidate à l’expérimentation que lance le gouvernement français en matière de cannabis médical. Une expérimentation qui pourrait déboucher sur une autorisation et donc un marché important qui pourrait s’ouvrir, via exclusivement les pharmacies qui sont justement les canaux de distribution traditionnels des laboratoires Boiron.

Les traitements à base de cannabis s’ils devenaient légaux seraient strictement encadrés. Ils ne bénéficieraient qu’aux patients souffrant de douleurs en oncologie ou de douleurs chroniques, souffrant d’épilepsie ; ou encore en situation palliative et pour lesquels ces patients ne bénéficient pas d’une réponse thérapeutique suffisante. Tout simplement parce qu’elle n’existe pas.

Pour les laboratoires Boiron, ce cannabis médical “constitue un véritable enjeu de santé publique.”

Boiron a été autorisé à se lancer dans cette expérimentation en mettant en avant deux arguments.
Le premier est que les laboratoires lyonnais ont une expertise et un savoir-faire dans le développement et la distribution de médicaments à base de plantes médicinales.

Deuxième argument : Boiron détient une expérience avec deux souches de cannabis (sativa et indica) qui ont été vendues dans le passé sous forme de granules ; mais plus maintenant.

Boiron ne part pas seul dans ce projet de développement dans le cannabis médical : il est accompagné pour ce faire du Britannique Emmac Life-Sciences qui est aujourd’hui le seul acteur européen qui maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur du cannabis médical, de la graine au patient , “pouvant ainsi assurer une production de médicaments à base de cannabis de qualité pharmaceutique”, détaille la direction de Boiron.

Chez Boiron, on croit beaucoup en cette diversification.

Ainsi, Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale des laboratoires lyonnais estime “que participer à cette expérimentation s’inscrit dans notre projet d’apporter aux patients en impasse thérapeutique, des solutions efficaces”.

Pour elle, aucun doute, “Le cannabis thérapeutique est une alternative d’avenir, notamment pour la prise en charge de certaines douleurs chroniques et complexes.”

Un marché de 55 milliards d’euros

Il faut savoir que Boiron n’est pas seul à avoir été choisi, suite à l’appel à candidatures , lancé en octobre 2020 par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Cinq autres binômes similaires ont été retenus par l’ANSM (*).

“La valeur du marché européen pourrait atteindre 55 milliards d’euros d’ici à 2028, en supposant que toutes les infrastructures pertinentes (marché, législatives et sociales) aient été développées”, estime-t-on chez Emmac Life Sciences.

L’objectif principal de cette phase expérimentale qui va être lancée est d’évaluer en situation réelle le circuit de prescription et de délivrance ; mais aussi, élément primordial, l’adhésion des professionnels de santé et des patients. C’est probablement le choix des médecins prescripteurs entre les différentes formes qui seront à leur disposition, produits bruts ou dérivés pharmaceutiques, qui pourrait bien déterminer les vrais vainqueurs de l’appel d’offres.

En tout cas l’agence souhaite recueillir pour la toute première fois en France des données sur l’efficacité et la sécurité de ces médicaments à base de cannabis déjà testés dans de nombreux pays.

L’expérimentation débutera rapidement : courant mars. Elle concernera des médecins prescripteurs volontaires qui seront formés au préalable.

Il faut savoir que vingt-et-un pays européens et une trentaine dans le monde ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique…

(*) Les autres distributeurs français retenus par l’ANSM sont : Medipha Santé, Neuraxpharm, Intsel Chimos et surtout Ethypharm, le concurrent le plus sérieux face à Boiron, c’est un spécialiste des médicaments contre la douleur et les addictions.