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Villes périphériques et Métropole : des élus souhaiteront faire sécession
Maire de Rillieux-la-Pape et président de la fédération Les Républicains du Rhône, Alexandre Vincendet craint de voir la nouvelle majorité métropolitaine imposer ses vues aux villes de la périphérie qui n’ont pas voté pour elle. Il brandit même le spectre d’une sécession de certaines communes. Le chef de file de la droite départementale plaide pour “un étalement urbain intelligent et raisonné” ainsi qu’un grand plan métro.
Comment jugez-vous les premiers pas de Bruno Bernard à la tête de la Métropole ?
Au-delà de son travail, il faut regarder ce qui va se passer. Cette Métropole est d’abord une loi d’exception territoriale. Ça n’existe nulle part ailleurs. Normalement, il s’agit de mettre en commun des compétences. Là, la Métropole va-t-elle se mettre à marcher sur la tête des maires ? C’était une tentation de Gérard Collomb. Nous ne sommes pas des maires d’arrondissement ! Cette majorité – c’est sa spécificité – se surconcentre à Lyon et Villeurbanne, qui pèsent 45 % de l’agglomération. Il reste 55 % de la population en périphérie. On ne peut pas mettre le modèle de Gérard Collomb de côté – tout pour le centre, des miettes pour les autres – et voir les nouveaux élus imposer leur vision à la périphérie.
Vous sentez que ça va se passer comme ça avec Bruno Bernard ?
Déjà, je pense que cette Métropole est une ineptie. Elle ne représente pas les territoires dans leur entièreté car l’ensemble des maires n’y siègent pas. Gérard Collomb s’est fait tailler un costume – et même des circonscriptions – sur mesure, mais quand il a voulu l’enfiler, il l’a fait craquer. Le vrai sujet, c’est la capacité de la Métropole à respecter les maires. Ce n’est pas le cas du vice-président Bagnon quand vous découvrez des travaux qui n’ont pas été validés par la mairie… Jusqu’à présent, vous pouviez être en opposition au Grand Lyon et trouver un consensus pour l’aménagement de voirie. Demain, des élus souhaiteront faire sécession et quitter la métropole.
Même si ça ne concerne pas spécialement Rillieux, le prix de l’immobilier explose à Lyon et en première couronne. Quelles réponses apporter ?
J’entends le président de la Métropole dire qu’il est contre l’étalement urbain. Il est donc plutôt sur un discours de densification. Va-t-on enfin tirer les leçons des crises que vit notre pays ? La crise sanitaire montre que c’est bien là où la population est la plus dense qu’il y a le plus de problèmes de propagation du virus. La question de l’étalement urbain, intelligent et raisonné, et de la multipolarité économique de la métropole doit se poser. Pour moi, la richesse d’une métropole c’est sa périphérie. Regardez Barcelone. En 1996, elle était à peu près au niveau de Lyon. Lyon s’est sur-concentrée sur sa ville centre alors que Barcelone a compris qu’il fallait rayonner sur sa périphérie. Cela veut dire
travailler avec les territoires voisins : Saint-Étienne, la Plaine de l’Ain, Bourg-en-Bresse en se projetant quasiment sur le Genevois, Bourgoin-Jallieu… Gérard Collomb a sciemment exclu l’aéroport Saint-Exupéry du périmètre de la métropole pour ne pas faire concurrence à la Part-Dieu. En sur-concentrant le logement, vous faites monter les prix de l’immobilier. Donc les classes moyennes et populaires supérieures sont rejetées car elles sont trop riches pour accéder au logement social et pas assez riches pour devenir propriétaires. Aujourd’hui, un couple où chacun gagne trois mille euros ne peut pas acheter dans Lyon centre. Il doit partir en première ou deuxième couronne.
Vous exagérez un peu…
Avec six mille euros et trois enfants, pouvez-vous acheter à Lyon ?
Pas place Bellecour…
Ni à Confluence ou à la Croix-Rousse ! Vous expliquez aux gens qu’ils doivent se loger en périphérie et continuer de venir bosser dans la ville centre tout en leur disant qu’on ne veut pas les voir en bagnole. Donc, il y a un vrai sujet d’organisation spatiale. Plutôt que travailler en étoile, travaillons en toile d’araignée avec un bouclage des transports en commun.
 
Vous ne pensez pas que cette préoccupation est partagée par Bruno Bernard ?
(Hésitation) J’ai parlé de racisme de classe à propos de Grégory Doucet et du Tour de France, le seul spectacle sportif de très haut niveau gratuit. Le vrai problème, c’est que vous avez dans la classe politique lyonnaise aux responsabilités une certaine ignorance des classes populaires. La seule chose qui vaille pour eux est une vision un peu dogmatique et bobo : “ma piste cyclable”, “mon confort de vie”. Sans se soucier de ceux qui n’habitent pas là mais ont besoin de travailler. La responsabilité d’un homme politique, c’est d’avoir une vision de son territoire et des grandes infrastructures dans les vingt prochaines années. Gérard Collomb a réussi à porter une vision impulsée par Michel Noir. Soit cinq mandats. Ce cycle est terminé, les électeurs y ont mis fin.
En matière de transports, quelles doivent être les priorités du Sytral ?
Un vrai plan métro. Deux stations inaugurées lors des trois derniers mandats, c’est insuffisant. Le tram a été choisi car les politiques sont presque tous les mêmes : ils aiment couper un ruban sur le mandat, ce qui n’est pas possible avec le métro. Munich, Zurich, Barcelone ou Stuttgart, c’est cent kilomètres de métro. Nous en avons trente. Le Sytral a une capacité de désendettement ridicule. Faisons fonctionner la machine à investissement. Le métro ou le RER à la lyonnaise doivent arriver en périphérie de l’agglomération, pour capter en amont les voitures qui viennent de l’extérieur, avec des parcs-relais géants.
Que contient pour vous ce plan métro ?
Sans être chauvin, la priorité est de prolonger la ligne B sur le plateau nord. Il compte 100 000 habitants sans transport en commun structurant. Sathonay va doubler de volume et Rillieux connaître un important développement démographique, sans parler de la Côtière. À terme, cette ligne doit également être prolongée dans l’autre sens, jusqu’à l’A450 après Saint-Genis-Laval.
Quel serait le tracé sur le plateau nord ?
J’en ai touché deux mots au président de la Métropole, qui est contre l’étalement urbain et veut faire arriver la ligne à Sathonay-Gare. Très bien. Toutes les voitures vont converger dans cette direction alors que les voiries ne sont pas en mesure d’encaisser ce choc-là. Il y aura des bouchons, pas de possibilité de se garer et ce sera l’enfer pour les habitants. Ce serait une erreur de ne pas mettre le terminus à Sermenaz avec un parc-relais. Depuis Charpennes, il y aurait une station à Caluire vers la montée des Soldats, à Sathonay-Gare et dans le centre-ville de Rillieux en pleine mutation.
 
Y a-t-il d’autres lignes à développer ?
Le prolongement du métro A jusqu’à Décines/Meyzieu va se poser. La ligne E, tout le monde connaît sa genèse. Ce projet doit être requestionné. Non pas pour l’enterrer définitivement mais pour qu’il soit efficace. Ne recommençons pas les erreurs du passé comme à Confluence. On y a prolongé le tram pour des questions d’agenda politique au détriment du métro. En termes de mobilité, ce quartier est un échec patent. Je dis à mes amis politiques : un piège nous est tendu pour mettre la périphérie en bagarre sur le prolongement du métro. Ne tombons pas dedans. Défendons une vision globale des transports dans l’agglomération.

 

Edition Janvier-Février 2021
NOUVEAU LYON #45

 

  • Les 30 ratés de l’urbanisme lyonnais (Perrache, Part-Dieu, place Louis Pradel, tram T2, Clip…)
  • Villeurbanne : dernière ligne droite pour les nouveaux Gratte-Ciel
  • Entretien avec Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne
  • Entretien avec Bruno Bernard, président du Sytral
  • Le devenir de l’ex-musée Guimet

 

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